Images de la douane

Cette section illustre l’activité des différents services douaniers, du contrôle de marchandises au contrôle des moyens de transport et des personnes, sans oublier la surveillance de zones géographiques. Les clichés proviennent de deux sources principales : le service photographique de l’administration douanière en grande partie et les photographes opérant dans la presse et les agences parisiennes (Le Parisien Libéré et Alliance Photo). Tous ces clichés ont valeur de reportage photographique et s’inscrivent dans la mouvance du photo-journalisme des années 1950 jusqu’au années 1970.

Denise BELLON (1902-1999), Le chargement est plombé et ne devra pas être touché jusqu’à ce qu’il prenne la mer, vers 1937

« Pourquoi ai-je choisi la photo ? C’est que son côté magique m’a toujours fascinée. Que l’on puisse, en appuyant sur un bouton, immobiliser le temps, cet éternel ennemi de l’homme, sa perpétuelle angoisse, enfin avoir le temps à notre merci... C’était un petit bout d’éternité, quoi ! Dans cette lutte entre le temps et l’homme, l’homme était enfin un petit peu vainqueur. » ("Notes autobiographiques inédites de Denise Bellon" in GUNTHER (Thomas Walter), Catalogue de l’exposition "Alliance Photo : agence photographique 1934-1940", Bibliothèque historique de Paris, 27 octobre 1988-9 janvier 1989). Denise Bellon découvre la photographie avec Pierre Boucher en 1934 au moment de la création d’Alliance Photo, l’une des premières agences photographiques au monde. Sous l’impulsion de Maria Eisner, aux côtés de Pierre Boucher, Robert Capa, Emeric Feher, Suzanne Laroche…, elle se lance dans le photo-reportage. Elle se passionne pour le mouvement surréaliste et photographie leurs expositions. Son chemin croise celui de beaucoup de créateurs, des frères Prévert à Duchamp en passant par Miro, Kisling, Derain…

Roger BERSON, Les « motards », aussi, surveillent le littoral, Vers 1952

La présence au verso du cliché d’une inscription au tampon encreur "Service photographique, LE PARISIEN LIBÉRÉ, 124 rue Réaumur, Paris 2e" laisse entendre qu’il est issu de la tendance du photo-journalisme qui se développe dans les années 50 à 60. La légende présente cette image du contrôle douanier comme un échantillon d’actualité sans pour autant que le cliché soit daté. La composition centrée sur ce contrôle routier provoque une actualisation de l’image pour le spectateur, et rend du même coup cette image quasi-intemporelle. De plus, le contre-jour laissant apparaître au loin un ciel immense, ainsi que la ligne de chemin de fer se profilant sur la droite, donnent une intensité toute particulière à ce cliché.

Anonyme, La Douane traque les vedettes rapides chargées de cigarettes, mais son armement n’évoque-t-il pas la course et l’abordage ?, 19 août 1954

Dotée de moyens maritimes et aériens, la douane protège le territoire français et européen sur plus de 5000 kilomètres de frontières maritimes. Le service des garde-côtes exerce une surveillance douanière sur l’ensemble de la navigation maritime, qu’il s’agisse des courriers marchands, des navires de pêche ou de plaisance, pour lutter contre les trafics de toute nature. Il peut aussi agir dans d’autres domaines comme la sauvegarde et l’assistance des personnes en détresse, la protection des ressources de la pêche, de l’environnement, du patrimoine sous-marin. Enfin, en collaboration avec la Marine Nationale, la douane participe à la défense du territoire.

Anonyme, Carnet en main, le gabelou procède à l’écor..., 3 juillet 1954

 L’écor consiste à dénombrer et identifier des colis appartenant à un même lot de marchandises. Il est effectué soit au fur et à mesure du débarquement des marchandises, soit à quai aussitôt le débarquement terminé. La vérification matérielle devant être effectuée avec exactitude et précision, il importe que les résultats du contrôle soient consignés avec soin sur le carnet d’écor ou les déclarations. Le douanier présenté ici semble bien seul et isolé face à la masse du navire dont il inspecte le chargement. Ce cliché provient des archives documentaires du Petit Parisien, ces dernières ayant été acquises par la librairie Algacanthe puis par la Galerie Weitz. Il s’inscrit parfaitement dans la logique du photojournalisme des années 1950-60, qui fait circuler la photographie dans la presse comme illustration d’une actualité donnée.

Anonyme, Visite des bagages de soute au départ. Rez-dechaussée ouest : une des 63 banques de douane, 1961

Cette photographie a été spécialement réalisée par la Direction Générale de l’Aérogare de Paris pour illustrer une étude du directeur régional de Paris-Aérodromes au sujet des caractéristiques et des aspects du contrôle douanier à l’aérogare « voyageurs » d’Orly. Le développement de l’aviation au 20 ème siècle révolutionne les échanges internationaux de marchandises d’abord, puis des personnes. Au départ comme à l’arrivée, le voyageur à qui sont posées les questions d’usage, est invité à présenter son passeport au douanier en vue de s’assurer de son identité et de sa nationalité. A l’heure actuelle, les douaniers ne sont plus présents à l’enregistrement. C’est la Police aux frontières qui se charge du contrôle des identités depuis sa création en 1999.

Jean-Pierre DEMUMIEUX, Pont de Kehl, 1968

Jean-Pierre Demumieux, le futur rédacteur de la "Vie de la Douane" entre 1970 et 1971, réalise en juillet 1968 un reportage qui fait le point en juillet sur la présence douanière aux frontières. En effet, le 1er juillet 1968 a vu l’abolition des droits de douane intracommunautaires, sans pour autant que les douaniers aux frontières disparaissent. Le photographe se rend ainsi sur le pont de Kehl, aussi appelé pont de l’Europe, reliant Strasbourg à Kehl en Allemagne. Ce pont est mis en service en 1960, construit à l’emplacement de l’ancien pont de bois de 1946. Des deux côtés, les infrastructures sont réaménagées : cour douanière au nord, parc du Rhin au sud, avec des installations similaires implantées à Kehl. Trait d’union entre la France et l’Allemagne, c’est un axe de circulation très important.

Francis ROCHE, Contrôle du plombage d’un TIR à Rungis, 6 mars 1973

La convention TIR (Transit International Routier) datant de 1975 offre aux opérateurs la possibilité d’acheminer des marchandises avec un minimum de contraintes, tout au long d’un trajet international. Le scellement et le plombage sont deux des moyens historiques pour s’assurer de l’intégrité des chargements. Cette image d'un douanier contrôlant le scellé s'appuie sur trois symboles : le drapeau (la nation), le plomb (le contrôle), la bande garance du pantalon (la frontière/la douane), qui lui donnent une dimension iconique d'illustration du métier de douanier.

Francis ROCHE, Barrages routiers, 25 septembre 1977

En 1972, la Direction Générale des Douanes propose à Francis Roche de venir compléter la nouvelle équipe chargée de réaliser « La Vie de la douane », journal interne de l’administration, pour lequel il effectue jusqu’en 1989 tous les reportages photos. Ce poste lui demande une grande disponibilité. En 1990, le journal ayant cessé de paraître, il collabore plus fréquemment avec le Bureau Information et Communication de la Direction Générale et rejoint ce service en 1995. « Quel plaisir de pouvoir faire le métier dont on a toujours rêvé, dans le cadre d’une administration de taille humaine, aussi diverse que la douane et avec tant d’images à montrer. » (ROCHE (Francis), notice autobiographique, 2008).

Francis ROCHE, Barrages routiers, 25 septembre 1977

Ce cliché est un exemple de reportage photographique interne à l’administration douanière. Réalisé par le photographe de la Direction Générale des douanes et droits indirects, il illustre l’article sur « les motards », publié dans le reportage intitulé « La surveillance douanière de la frontière à l’intérieur », qui paraît dans le périodique « La Vie de la douane » en octobre 1977. Le rôle essentiel des motards est de concourir au contrôle de véhicules en circulation, essentiellement sur les grands axes ainsi que sur les routes proches des frontières. C’est un rôle plus souvent préventif que répressif, mais les motocyclistes demeurent en cas de nécessité un moyen d’interception ou de poursuite de grande utilité. Le cadrage éloigné du sujet, la prise de vue dynamique, et la composition centrée sur les personnages au loin, qui nous renvoient le regard que portent les motards sur d'éventuels contrevenants donne à ces douaniers une image de mobilité, de vitesse, de réactivité. Le spectateur ne sait pas s'il est à la place d'un contrevenant ou s'il fait partie de cette escorte, le doute est là.