Visages de la douane

Cette section propose une histoire du portrait photographique au sein de l’administration douanière à travers quatre portraits individuels et quatre portraits de groupes, pris entre 1867 et 1971, soit pendant plus d’un siècle. Du portrait-carte aux portraits officiels de grands studios photographiques, du portrait de groupe souvenir au portrait de groupe officiel, ces photographies du fonds Histoire de la douane viennent illustrer les différentes facettes et l’évolution de la pratique du portrait. Elles sont émouvantes car c’est l’image des agents et de leur fonctions qui s’exprime. Enfin, un dernier cliché s’insère entre les images et les visages, concluant le parcours de façon insolite et drolatique.

Portrait: L. FÉREZ, Portrait photographique d’un sous-lieutenant des douanes, Fin 19e s.

début 20e s. - C’est vers les années 1860 que commence la vogue du « portrait-carte », dont le succès ne se démentira qu’au début du 20e siècle. « Toutes les villes, toutes les bourgades même, ont bientôt leurs « studios photographiques » où, toutes classes sociales confondues, on va se faire tirer le portrait. » (SCHAEFFER (Jean-Marie), "Portrait, singulier pluriel", catalogue d’exposition, Hazan, BNF, 1997).

Portrait : Henri MANUEL (1874-1947), Chocarne, le nouveau directeur des douanes, 4 novembre 1925

Nés à Paris, les frères Manuel fondent un studio très couru entre les deux guerres où affluent de nombreuses personnalités : Auguste Rodin, Mistinguett, Eric Satie, Aristide Bruant, Jules Renard, etc. Photographe officiel du gouvernement de 1914 à 1944, Henri Manuel réalise également de nombreux reportages à l’occasion de cérémonies officielles. Les studios Henri Manuel sont plus connus pour leurs photographies de mode et leurs portraits de célébrités. Mis sous séquestre pendant la Seconde Guerre Mondiale, le studio voit la plupart de ses plaques photographiques détruites. En 1988, l’Etat a fait l’acquisition de cinq cents plaques retrouvées, qui sont depuis conservées aux archives photographiques de la Médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine. Ce cliché date de la nomination de Pierre Chocarne à la tête de la Direction Générale des douanes, poste auquel il restera pendant quatre ans. Au dos du cliché figure une inscription au tampon encreur : « Société du Petit Parisien DUPUY & Cie – 4 NOV 1925 – 18 18 20 & 22 Rue d’Enghien PARIS » laissant entendre qu’il s’agit d’un cliché pris en tant que photographe officiel du gouvernement et transmis à un organe de presse pour illustrer une information.

Portrait: Studio HARCOURT, Portrait photographique de M. Pochelu, receveur principal régional à Paris extérieur, 16 février 1959

Le Studio Harcourt est né à Paris en 1934, sous l’impulsion des frères Lacroix, patrons de presse, de Robert Ricci, le fils de Nina Ricci, et de Cosette Harcourt, photographe formée dans le studio des frères Manuel. Initialement producteur de clichés d’actualité pour la presse, le studio Harcourt se spécialise dans le portrait et devient grâce à une esthétique unique et reconnaissable entre toutes, le lieu de passage obligé des vedettes. Cette esthétique, généralement en noir et blanc, est fondée sur deux aspects du Beau : l’esthétique classique de la statuaire antique d’une part, et l’esthétique glamour du cinéma et de la mise en lumière des visages au cinéma. L’effet produit est une harmonie intemporelle, qui a séduit aussi bien les personnalités que le grand public. Brillant administrateur ayant développé le prestige de la France à l’étranger, M. Pochelu est promu officier de la Légion d’Honneur et reçoit la médaille d’Honneur des Douanes en janvier 1959.

Portrait: Aimé POMMIER, Portrait photographique de Philippe de Montrémy, directeur général des douanes nommé le 17 octobre 1958, 28 mai 1971

« Le portrait officiel fige une icône toujours convenue, malgré les volontés de modernisation. » ssd. GOVIGNON (Brigitte), "La petite encyclopédie de la photographie", éd. La Martinière, Paris, 2004. Ici, malgré un cadrage plus large et plus moderne, par lequel le photographe a cherché à évoquer l’environnement de travail de son sujet. Malgré la pose légèrement décontractée du directeur général qui esquisse un sourire et dégage un aspect moins sévère, l’effet produit reste pourtant celui d’un portrait officiel, véhiculant une image contrôlée. Ce cliché a été dédicacé par M. de Montrémy à l’attention de "La Vie de la douane", le journal de la formation professionnelle, lors de son départ du poste de Directeur Général des douanes qu’il avait occupé pendant 13 ans.

Portrait de groupe : Anonyme, Brigade des Douanes de Saint-Valéry-sur-Somme, 1867

Après le tambour, on remarque le capitaine et le lieutenant et, à l’autre extrémité, la curieuse tenue des agents de la brigade maritime. » (commentaire figurant au bas du cliché). En montrant un épisode symbolique de la vie de la brigade de Saint-Valéry-sur-Somme, ce cliché illustre le rôle de témoin de l’image historique : comportements propres à un temps donné (attitudes, poses face au photographe), à une administration donnée et à ses codes (uniformes). Cette photographie est une des représentations emblématiques de l’administration douanière sous le Second Empire. C’est l’une des plus anciennes du fonds "Histoire de la douane".

Portrait de groupe: Anonyme, Les Entrepotes. Ancienne brigade de Pontarlier, début 20e siècle

Les portraits de groupe réalisés par des anonymes peuvent souvent receler une mine d’informations sur les moeurs, les rituels sociaux et les traditions, vus de l’intérieur par un opérateur complice de ses modèles, de la communauté qu’il photographie et dont il partage les valeurs. Ici, ce portrait collectif apparaît comme un souvenir nostalgique d’une époque passée, véhiculant un esprit d’unité et de valeurs partagées, celles de l’administration douanière. « La photographie de groupe offre une image – donc une existence – à ceux qui jusqu’alors n’avaient pas accès à leur propre effigie. » (CANDAR (Gilles), L’historien face aux photographies : quelles photos pour l’histoire ?, CNDP, Paris, 2000). Chacun porte les vêtements qui le caractérisent le mieux, affirmant ainsi sa personnalité, tout en faisant partie d’une même communauté.

Portrait de groupe: Fernand MARTIN, La Musique des douanes de Marseille dans la cour de la caserne des douanes du boulevard de Strasbourg, 22 juin 1943

« Photo prise par M. Martin Fernand, chef de musique dans la cour de la caserne des douanes du boulevard de Strasbourg. Martin Fernand, vérificateur des douanes, chef de musique. Curet Noël, patron des Douanes, sous-chef de musique. » (commentaire figurant au bas du cliché). Depuis le milieu du 19e siècle, la Musique des Douanes de Marseille, anciennement appelée « Corps de fanfare des 16e et 17e bataillons douaniers de Marseille », participe à toutes sortes de cérémonies officielles ou de manifestations publiques au niveau régional mais aussi national. Malgré certaines périodes de difficultés, elle jouit d’une excellente réputation et ses prestations sont toujours très appréciées jusque dans les années 1980. Elle est alors devenue un symbole de la douane française et a concouru au prestige de cette administration. Si cette formation a été supprimée à la fin des années 1980, d’autres persistent chez nos voisins européens (Belgique, Pays-Bas).

Portrait de groupe: Anonyme, École des préposés de Montbéliard. 1ère session nouveau régime, 1951-1952

L’école des préposés, installée à Montbéliard en mars 1938, a fait l’objet d’une modernisation et d’une rénovation à la fois de ses bâtiments et de son enseignement professionnel en décembre 1951, date de ce cliché. Venu soit après la sélection d’un concours d’entrée, soit des emplois réservés, le jeune préposé acquiert au cours des cinq mois d’école l’esprit de son nouveau corps ainsi que la connaissance et la compréhension du sens et de l’intérêt de son métier. Il s’initie également aux spécialisations techniques ou administratives propres à son service et enfin au sport. Il s'agit ici d'une véritable « photo de classe », chaque année mise en scène suivant la même composition : alignés en douze colonnes, vus en plongé et en biais, les élèves dessinent une structure, qui allonge la perspective de ce portrait de groupe, créant une image pour le moins originale pour ce type d'usage. Le fonds "Histoire de la douane" conserve plusieurs dizaine de clichés quasiment identiques à celui-ci, dont le dernier date de 1964. L'école de Montbéliard ferme trois ans plus tard.

Entre image et visages : Anonyme, Stage de perfectionnement motard. Exercice d’équilibre à quatre

Ecole de Sens, juin 1955. Au dos du cliché sont nommés les protagonistes de cet exercice : Lieutenant Borgel, Marseille / Agent breveté Dunyack, Saint-Raphaël / Préposé Tardieu, Toulon / Préposé Giraud, Perpignan. Ce stage de perfectionnement, effectué par 22 motards à l’Ecole de la Sûreté Nationale de Sens, s’est clôturé le 28 juin 1955. Sous l’instruction du Capitaine Lelay, directeur de l’école, ces motards et leurs moniteurs y démontrèrent leur adresse dans divers exercices en terrains variés, prouvant ainsi la valeur technique des motards de la Douane, ainsi que l’effort de modernisation accompli par cette administration. Malgré leur décontraction, ces motards sont réellement en train de travailler et de réaliser des prouesses acrobatiques. Cette photographie qui immortalise à la fois des individus, agents des douanes, et un moment de la vie dans cette administration, peut être vue comme une photo « souvenir », tant par son originalité que par la bonne humeur qui s'en dégage.