1-Premiers jours de guerre

> Incursions dans la région de Belfort, le 2 août 1914

Dans la direction d’Épinal, les trois inspections douanières de Belfort, Remiremont et Saint-Dié comptent un service actif de 29 officiers, 164 sous-officiers et 682 préposés, répartis en dix capitaineries.

À Montreux-Château, le village proche du territoire occupé possède deux recettes et une lieutenance des douanes. À 9h, alors que les douaniers sont en poste au dépôt de machines de chemin de fer de Petit-Croix, ils sont attaqués par des cyclistes allemands. Dotés d’aucune instruction, les douaniers se replient. Mais le capitaine Dentz, commandant à Petit-Croix la 1ère compagnie du bataillon de forteresse de Belfort, se reporte vers le dépôt de machines et après quelques échanges de coups de fusils récupère la place.

À Chavannes-les-Grands, dernier village français sur la route de Delle, la brigade de douane a pour ordre de se replier vers le canal du Rhône au Rhin à l’approche de l’ennemi, ce qu‘elle fait sous les ordres du lieutenant des douanes Savarin. Vers 10h, un officier allemand à la tête d’une quarantaine de cavaliers traversant la commune les attaque. Les habitants se sont amassés à la sortie du village. Les Allemands semblent hésiter et reprennent leur trot vers l’Alsace. L’un des deux douaniers téléphonistes restés dans le village rapporte les faits (La violation de nos frontière dans le territoire de Belfort à la veille de la déclaration de guerre de 1914. / Pèlerin, Claude In : La Vie de la Douane n°197, mai 1984. p. I-V - Chronique du temps passé) : « Je ne pus m’empêcher de leur envoyer deux coups de fusils. Il ne faut pas oublier qu’il n’y avait plus, dans tout le village, en fait de militaires, que Rondot et moi et que nous n’étions pas très sûrs d’avoir l’autorisation de tirer. Aussitôt après, d’ailleurs, nous avons informé de l’incident, par téléphone, la place de Belfort, puis nous avons cassé l’appareil, pour rejoindre nos camarades ».

À Joncherey, vers 10h, des Allemands en patrouille venant de Faverois s’en prennent à des soldats d’infanterie français. En dépit des sommations d’usage, les cavaliers ouvrent le feu et le caporal Peugeot est atteint, faisant de lui le premier soldat français mort pour la France.

À Reppe, situé à 300 mètres de la frontière allemande, les six douaniers du poste sont attaqués par une patrouille de neuf cavaliers allemands. Les douaniers ouvrent le feu, les cavaliers réussissent à franchir le câble qui barre la route, sauf deux. L’un d’eux, Reichmann appartenant au 22e dragon badois, sera le premier prisonnier allemand, intercepté par le brigadier Bize.

À Vauthiermont à 12h45, les douaniers de ce poste frontière composé de dix hommes, commandé par Charles Zerringer, ouvrent le feu sur sept dragons de la patrouille du 22e badois qui vient d’opérer à Reppe. Les douaniers blessent deux dragons.

La guerre est déclarée officiellement le 3 août à 18h45. D’après le télégramme en provenance de Berlin : « Jusqu’à présent les troupes allemandes ont eu l’ordre de respecter la frontière française de la manière la plus rigoureuse et elles s’y sont conformées partout strictement », ce que les faits contredisent, eu égard aux quinze douaniers tués et aux cinq blessés lors de la violation de la région de Belfort dans la journée du 2 août 1914.

> Défense de la forteresse de Longwy

Le 2 août 1914, la population civile de Longwy est évacuée. La défense de la forteresse est assurée par le lieutenant-colonel Darche qui dispose de 3 500 hommes. Parmi eux, on compte trois officiers des douanes, le capitaine Gennesseaux, les lieutenants Descamps et Menu, et cent vingt-huit douaniers occupant les avant-postes le long de la frontière. L’artillerie est dérisoire et désuète. Du 4 au 9 août, des patrouilles ennemies franchissent la frontière à proximité de Longwy. Les affrontements sont violents, des villages sont brûlés, mais les avant-postes résistent. Le 10 août un colonel, émissaire de l’État-major allemand, est envoyé pour demander la reddition de la place de Longwy. Darche refuse de le recevoir et le fait reconduire dans ses lignes. Les jours suivants, les engagements se multiplient et s’intensifient aux avant-postes. Les douaniers font face et tendent des embuscades. À partir du 21 août, le siège de la forteresse commence. Il durera six jours avec une forte inégalité des forces en présence, tant au niveau humain que matériel. Les bombardements se font plus violents et continus. Le 26 août, Darche a perdu huit cents hommes. Il détruit le matériel d’artillerie restant avant de se rendre. Des hommes de la garnison, dont plusieurs douaniers, tentent de fuir pour rejoindre l’armée française à Verdun, mais peu réussissent. Pendant le siège, la compagnie des douaniers de Longwy a perdu 18 hommes, soit 8 morts et 10 blessés graves.

Le Gouverneur est conduit au Quartier Général du Kronprinz au Luxembourg. Celui-ci le félicite et lui rend son sabre « en témoignage d’estime pour sa vaillance, sa belle conduite et celle de sa garnison ». En revanche il reproche violemment au général allemand, le baron von Hollen, d’avoir mis six jours pour prendre ce « vilain nid de corbeaux », si bien que le général se suicidera quelques jours plus tard.

> Défense de la forteresse de Maubeuge

Au mois d’août 1914, les troupes allemandes déferlent sur la Belgique et arrivent en vue de la place forte de Maubeuge. Le siège débute le 25 août 1914 et durera 15 jours. Le gouverneur général de brigade Fournier dispose de 49 000 hommes, dont deux bataillons actifs des douanes, ainsi qu’un bataillon douanier de forteresse d’un effectif réduit à deux compagnies, soit un total d’environ 700 douaniers dépendant de la direction de Valenciennes sous les ordres du commandant-inspecteur Duval. Ils participent à la défense de la ligne d’ouvrages fortifiés placés autour de Maubeuge, ainsi qu’à celle des avant-postes, à l’est et au nord de la ville. Les deux compagnies du bataillon de forteresse, placées sous le commandement de Muller et Véret, prennent la part la plus active aux opérations de première ligne. Dès l’arrivée des troupes le 22 août, régiments et bataillons douaniers fournissent quotidiennement du personnel aux travaux de défense de chaque centre de résistance. Familiers du territoire,ils constituent de précieux agents de reconnaissance. Face à cette défense efficace, l’ennemi intensifie les bombardements sur les fortifications et attaque plus vigoureusement. Le 7 septembre, le gouverneur de la place sollicite des pourparlers avec l’ennemi. Un millier d’assiégés, dont des douaniers, fuient et réussissent à rejoindre Dunkerque avec l’aide des populations civiles. Le 8 septembre, le reste de la garnison, environ 40 000 hommes, se rend et est envoyé dans des camps allemands. Les forces engagées à Maubeuge ont pu contribuer ainsi, par leur longue résistance, à la première victoire de la Marne. Elle a mobilisé l’effort de 60 000 soldats allemands. Maubeuge détient ainsi le record de résistance de toutes les places fortes attaquées au cours de la guerre. Près d’un millier de douaniers a contribué à cette victoire, au prix de leur vie ou de leur captivité, et nombre d’entre-eux ont reçu une citation pour leur bravoure.

Frontière franco-allemande – Des années, des siècles s’écouleront, mais nos traditionnelles amitiés toujours se confondront.

Carte postale ancienne.

Entre 1909 et 1914.

Coll° MND

Mobilisation d’Arracourt.

Carte postale ancienne. Carabin frères. Vers 1912. Coll° MND

Le 26/11/1912, à 23h30, le receveur des postes d'Arracourt reçoit un télégramme qui lui ordonne d'ouvrir l'un des plis secrets qu'il conserve dans un coffre. En état d’ébriété, il se trompe et au lieu du pli n°2, annonçant une mobilisation partielle pour une manœuvre il décachette le pli n°1, déclarant la mobilisation générale ! Pour cette erreur il passera en conseil de discipline et sera muté. Cette histoire étonnante sera tourné en exemple de patriotisme, les réservistes du canton seront félicités par de nombreux hommes politiques. Des chansons sont rédigées et des cartes postales éditées. Le journal L'Est républicain lancera même une souscription pour offrir à la commune une statue en bronze, baptisée La Patrie.

À la Schlucht – En chiens de faïence.

Carte postale ancienne. Imprimeur Adolphe Weick, photographe-éditeur installé à Saint-Dié (Vosges). 1907-1908. Coll° MND

Le col de la Schlucht est l'un des principaux cols du massif des Vosges, c’est donc un poste frontière stratégique. Cette carte postale rassemble des douaniers français et allemands, ainsi qu’un gendarme allemand autour du poteau frontière. Elle reprend une photographie identique publiée par le même éditeur mais avec un autre commentaire : « Les bons amis », signe des tensions naissantes entre les pays.

Plainfaing (Vosges) – Au col du Bonhomme avant la guerre de 1914

Carte postale ancienne. Adolphe Weick, photographe-éditeur installé à Saint-Dié (Vosges). Entre 1909 et 1914. Coll° MND

Col situé entre le département des Vosges et l’Alsace (Haut-Rhin).

Villars-les-Blamont (Doubs), campagne de 1914, un groupe de douaniers.

Carte postale ancienne. 1914. Coll° MND

Ce groupe mêle des douaniers et des fantassins de l'infanterie territoriale en tenue de mobilisation 1914.

Décret du 1er août 1914 prescrivant la mobilisation des Armées de terre et de mer

L'article 4 du décret précise : "Le présent décret entraîne l'appel à l'activité des hommes qui ont été désignés, dès le temps de paix, pour constituer les unités de douaniers [...] et qui ont reçu, en conséquence' une affectation spéciale.

Portait de Georges LAIBE (1881-1958)

La position stratégique des douaniers aux frontières en font des cibles toutes désignées lors du déclenchement de conflits. Comme en 1870, la guerre de 14-18 ne fait pas exception et le premier blessé français est un douanier du nom de Georges Laibe. Entré dans l’Administration des douanes en 1899 à l’âge de 18 ans à titre de demi-soldier, il effectue son service militaire puis est nommé préposé des douanes de la classe 1901 en Franche-Comté. C’est à Suarce, petit village situé à l’extrémité du Territoire de Belfort qu’il sera blessé le 2 août 1914, plus de trente heures avant la déclaration de guerre officielle.

Dès le 2 août, des patrouilles allemandes circulent autour de Suarce. Georges Laibe se replie alors à la sortie du village avec ses collègues. Surpris par une patrouille allemande, il est atteint à l’épaule gauche par une balle allemande. Évacué sur Belfort, puis sur Bourg, il revient ensuite au front. Sa brillante conduite lui vaut, en septembre 1914 l’octroi de la médaille militaire, avec la citation suivante : « le 2 août dernier, placé en avant des troupes de couverture, s’est bravement opposé avec ses camarades aux incursions des patrouilles allemandes et a été blessé d’une balle à l’épaule ». En octobre de la même année, il est cité à l’ordre de l’Armée pour « Belle conduite et belle attitude au feu » qui lui octroie la Croix de guerre avec palme.

Georges Laibe prend sa retraite de l’Administration des douanes en 1922, mais le patriotisme le pousse à s’engager en 1939 dans la Défense Contre Aéronefs en qualité d’observateur. Il décède à 77 ans à Faverois.

Bataillon n°9 des Directions d’Epinal et de Besançon, 3e Cie, 3e section.

Photo argentique. Anonyme. 1914-1915. Coll° MND

Le 9° bataillon est appelé à l’activité le 02/08/1914 et prend part aux combats livrés autour de Belfort. En septembre il participe à l’offensive en Alsace. Au printemps 1915 une partie est transférée le long de la frontière franco-suisse pour y renforcer la surveillance. Ce bataillon est dissout fin 1915.

9e Bataillon de forteresse de Belfort, 4e Compagnie

Carte-photo. Mai 1915. Coll° MND

L’un des agents photographiés sur cette carte l’a envoyée à ses parents le 25/05/1915 en leur donnant de ses nouvelles.

Occupation des frontières 1914-15

Carte postale ancienne. 1915. Coll° MND

Cette carte postale représente la frontière alsacienne, comme en atteste derrière le douanier français et son homologue suisse, la présence du drapeau alsacien Rot un Wiss. Après le rattachement de l’Alsace-Lorraine à l’Allemagne en 1871 l’utilisation du rouge et du blanc, couleurs utilisées dans l’héraldique régionale depuis le XIe siècle, apparaît comme un symbole patriotique. En 1911, l’Alsace-Lorraine reçoit son autonomie et une Constitution, puis en 1912 les députés adoptent un drapeau spécifique : rouge et blanc, avec la croix de Lorraine. Mais la décision est rejetée par le Reichstag et le drapeau ne sera jamais officiel.

Séance antityphoïdique du 17 janvier 1915 en Alsace (9e bataillon, 3e compagnie de douaniers) Tous droits réservés

Carte-photo. 17 janvier 1915. Collection privée

L'auteur de la correspondance, qui signe « José » est repris en haut et à gauche de la photographie. Il précise au dos «  On dirait que j’ai une médaille, c’est ma plaque d’identité. » Il pourrait s’agir d'Eugène Joseph Marie Fleury, né le 28 mars 1889 à Pont-de-Roide,  préposé aux Bréseux et mobilisé dans la 3e compagnie du 9e bataillon douanier . Il a écrit les noms de la plupart des personnes présentes sur la photographie. Parmi eux, au moins deux douaniers figurent au « Livre d'Or du Corps des Douanes » : Charles Musy, sous-brigadier à Abbévillers, qui sera tué le 16 avril 1917 et François Vidal, préposé à la brigade des Bichets, qui sera blessé durant le conflit.
Ce témoignage iconographique rare de la vie quotidienne des douaniers mobilisés est confirmé par le « Journal des Marches et Opérations » de l'unité, conservé aux archives du Service Historique de la Défense à Vincennes et mis en ligne sur le site internet « Mémoire des Hommes ». Ce registre mentionne à la date du 17/01/1915, que « la 3e Compagnie a subi la vaccination antityphoïdique et a été mise au repos ».