2-Bataillons

> Petit historique des bataillons douaniers

Dès 1791, les douaniers sont utilisés ponctuellement comme force d’appoint par l’État lors des tensions avec les royalistes, contre les Pays-Bas ou les Chouans, lorsque l’exercice normal de leurs fonctions est impossible. Durant les conquêtes napoléoniennes, ils sont assimilés à des unités militaires avançant pour prendre possession de nouvelles lignes. Les légions des Douanes Impériales comptent jusqu’à 35 000 « chasseurs verts ». Tenté de les militariser entièrement, Napoléon leur fait appliquer le blocus continental aux frontières élargies de l’Empire. À la Restauration, les douaniers ne sont sollicités qu’en cas d’invasion ennemie : réunis sous commandement de leurs chefs administratifs, ils sont employés en ligne, dans les places fortes ou en mer, à condition qu’ils ne se retrouvent pas trop éloignés de leur résidence.

En 1831-1832, une nouvelle législation crée les Brigades armées des douanes et calque son organisation sur celle de l’infanterie légère. Les douaniers du service actif sont mobilisés par ordonnance royale lors d’une guerre défensive, pour soutenir les opérations militaires en tant que guides, éclaireurs, garde-côtes ou dans les places fortes. Les échelons et grades administratifs ont leur équivalent dans la hiérarchie militaire. Les douaniers sont organisés en bataillons avec des compagnies de guides et des bataillons de réserve. L’esprit militaire des douaniers est encouragé par l’organisation, l’uniforme, la discipline et les nombreux anciens soldats recrutés.

En 1870, les bataillons douaniers sont mobilisés lors de la guerre contre la Prusse. Au final, plus d’un tiers des brigades soutient l’Armée du Nord et l’Armée de l’Est, en participant à quelques opérations militaires ainsi qu’à la défense de plusieurs places fortes (Strasbourg, Longwy, Bitche, Belfort, …) durant un hiver particulièrement rigoureux. Le premier mort de ce conflit est le douanier Pierre Mouty, tué le 23 juillet 1870 à Schreckling. Trois ans plus tard, la IIIe République réorganise son armée, avec une série de décrets concernant les douaniers en 1875, 1882 et 1890. Ils sont mobilisés pour défendre les places fortes à proximité ou soutenir en temps de paix les armées opérant dans leur région. La militarisation des douanes s’accentue avec l’octroi d’un drapeau pour les bataillons le 14 juillet 1880 puis la création de la Médaille d’Honneur des Douanes le 14 juin 1894.

Le 1er août 1914 est annoncée la mobilisation générale. Le Corps militaire des douanes comprend alors 31 bataillons actifs et 34 bataillons, compagnies ou sections de forteresse. En premier appel, les unités douanières actives ou de forteresse situées au nord de la ligne Le Havre-Besançon (environ 8 000 hommes et 200 officiers) sont affectées aux opérations de couverture et de renseignement soutenant la concentration des forces armées. Pour surveiller les frontières est et nord, des bataillons de soldats sont renforcés par les douaniers et les forestiers familiers du terrain. Après la bataille des frontières, les douaniers ont battu en retraite avec leur corps d’armée respectif, ce qui pose des problèmes du fait de l’obligation des douaniers à servir dans leur région d’origine. Le 1er octobre 1914, l’Administration des douanes met à disposition immédiate du ministère de la Guerre ses agents de réserve de l’armée active. Jusqu’à fin novembre 1915, les douaniers mobilisés restent intégrés aux unités combattantes.

À l’automne 1917, on envisage de transférer le Bataillon n°1 de Dunkerque à la frontière franco-suisse pour assurer le respect des prohibitions et la surveillance militaire de la frontière, où ses compétences seraient mieux exploitées. Ses fonctions dunkerquoises ne requérant pas de qualifications particulières, elles pouvaient aisément être confiées aux troupes territoriales ordinaires. Mais ce transfert pose un problème à la fois juridique et diplomatique. En effet, le décret de 1882 stipule que les unités du corps militaire doivent être employées sur leur terrain normal d’activité, sauf à suivre dans leur retraite éventuelle les armées auxquelles elles seraient rattachées. Il faut donc le modifier par le décret du 7 novembre 1917 qui stipule que « tout le personnel valide » des douanes actives n’appartenant pas aux compagnies et sections de forteresse formerait des bataillons, compagnies et sections actifs qui « seraient employés au mieux des intérêts de la défense nationale ». Ce texte modifie profondément les conceptions qui avaient jusqu’alors prévalu en matière de militarisation des brigades des douanes. Du point de vue diplomatique, les zones franches du Pays de Gex, de la Haute-Savoie et de la Suisse interdisaient à l’État français d’y établir des postes de douanes. Il faut attendre le feu vert du Département des Affaires étrangères en pourparlers avec la Suisse pour que le transfert puisse avoir lieu, à la condition de rétablir le statu quo à la fin des hostilités.

S’il est difficile et parfois artificiel de dresser un bilan des pertes humaines, on estime néanmoins que le chiffre des douaniers victimes de la Première Guerre mondiale se monte à 1 245 agents morts et 1 905 blessés, soit près de 15% de l’effectif global de cette administration. C’est à la frontière franco-belgo-luxembourgeoise que le Corps militaire des douanes a subi les pertes les plus lourdes. De nombreux agents ont été décorés : 73 d’entre eux ont été distingués par la Légion d’honneur, 23 par la médaille militaire, 91 ont été cités à l’ordre de l’armée et 1 233 cités à l’ordre du corps d’armée, de la division, de la brigade ou du régiment.

À la fin de la guerre, seuls les agents des classes 1899 à 1901 sont encore mobilisés, essentiellement affectés à la frontière suisse. Or la réintégration de l’Alsace-Lorraine requiert la mise en place rapide d’unités douanières dans cette région. On décide alors en décembre 1918 de constituer de nouvelles compagnies formées d’agents rappelés des corps de troupe, déployés le long de la nouvelle frontière dès le premier trimestre 1919. L’urgence pour la douane est de reconstituer ses services dans les directions du Nord afin d’assurer le contrôle de la frontière, et donc de démobiliser rapidement ses agents. Mais le ministère de la Guerre, faisant face à de nombreuses demandes similaires, y est réticent. On décide donc d’affecter la garde de la frontière à des unités du Corps militaire des douanes.Dès le 1er février 1919, environ 2 000 hommes sont ainsi déployés dans les directions de Lille à Charleville. L’ensemble des unités est dissous à la fin de l’été, alors que les agents sont rapatriés dans leurs directions d’origine. La seule exception concerne 19 agents affectés à Constantinople en août 1919 maintenus sur place jusqu’en octobre 1923. Cette année-là, une nouvelle loi sur le recrutement de l’armée prévoit d’y incorporer les douaniers les plus jeunes, les autres constituant des bataillons de réserve.

La valeur et le courage des agents des douanes au combat valent aux bataillons douaniers de participer au défilé des troupes alliées le 14 juillet 1919 à Paris. Le 15 janvier 1921, leur drapeau attribué en 1880 reçoit la Croix de guerre avec palme.

Les 26 bataillons des douanes, soit 12 000 hommes, sont à nouveau mobilisés en septembre 1939. Durant la « drôle de guerre », les douaniers continuent de remplir leurs missions traditionnelles tout en assurant leur mission militaire de couverture de l’armée aux frontières. Les bataillons douaniers sont définitivement dissous par décret du 27 juin 1940. En 1967, les unités des douanes disparaissent de l’ordre de bataille de l’Armée Française même si on leur reconnaît la qualité de combattants en 1974. Après 1970, les références militaires disparaissent en douane.

Douanier militaire décoré de la Croix de guerre

Carte-photo. 1915. Coll° MND

Ce préposé des douanes pose devant l’objectif sans doute pour célébrer l’attribution de la Croix de Guerre. Cette décoration militaire est instituée par la loi du 8/04/1915, et est attribuée aux combattants, militaires ou civils et aux villes martyres ou aux cités ayant résisté héroïquement. Il pose à côté d’une des 4 056 bornes taillées dans du grès des Vosges que l’Allemagne a mis en place dès la fin 1871, afin de matérialiser la nouvelle frontière issue de l’annexion de l’Alsace et de la Lorraine. Le chiffre gravé sur la face visible permet d’identifier la borne sur les cartes d’état-major.

Plaque d’identité de Jules Neveux

Aluminium. 1898. Coll° MND

A la mobilisation, chaque soldat reçoit une plaque d’identité modèle 1881. Sur une face y figure le nom, le prénom et la classe, sur l’autre face la ville de recensement et le numéro matricule. Mise en service en 1883, ellese porte autour. A compter du 14/05/1915, les soldats reçoivent une deuxième plaque en maillechort qui comporte les mêmes indications et qui se porte au poignet afin d’améliorer l’identification des corps.
Jules Neveux, né le 21/07/1878 à Rocroi (Ardennes) est un ex-sergent du 128e régiment d’infanterie. Il entre dans l’administration des Douanes en tant que préposé en 1900 à la Direction de Charleville, au sein de la brigade de Givet, puis de Charleville. Il passe sous-brigadier en 1903, dans la brigade de Par-delà-l’Etang. Il y reste jusqu’à sa promotion, en 1911, au grade de brigadier, parmi la brigade de Grand-Verneuil, qu’il quitte dès 1912 pour retourner à celle de Par-delà-l’Etang. Il est retraité le 1er avril 1924.

Pistolet Ruby modèle 1903

Arme à feu. Gabilondo y Urresti. 1915. Coll° MND

Le pistolet type Ruby est un pistolet semi-automatique à culasse non-calée. Copiant le Browning 1903, il fut utilisé par la France et l'Italie durant la Grande Guerre. Il est livré à partir de 1915, mais il ne s’agit pas d’une arme réglementaire des douaniers. Il continue à être utilisé après la guerre par la police, la douane, les gardes-forestiers. Le modèle exposé aurait appartenu au préposé des douanes Georges Laibe, premier blessé du la guerre de 1914-1918.

Inspecteur chef de bataillon et sous-brigadier, tenue de campagne 1911

Reproduction d’une aquarelle. Ernest Fort  (1868-1938). 1919. Coll° MND

Au premier plan et de dos, on reconnaît le chef de bataillon à sa tunique noire ainsi qu’à son pantalon et d’équitation et à ses bottes. Au fond, le sous-brigadier porte la capote et le képi de la douane en 1903. L'auteur de cette aquarelle est fils et petit-fils de douaniers. Lettré, collectionneur et membre de la Sabretache (Société d’études d’histoire militaire), il est passionné d’histoire et étudie l’évolution de la tenue des douaniers de la Révolution française à la Première Guerre mondiale qu’il illustre de nombreuses esquisses.

Portrait de douanier en famille

Carte-photo. 1914-1918. Coll° MND

Les années 1900-1920 correspondent à l’âge d’or de la carte postale. Popularisée grâce aux progrès de la photographie, le public s’approprie ce support qui lui permet de se faire développer des cartes-photo familiales pour un usage postal, en plus de leur valeur de souvenir.

Portrait en pied d’un préposé des douanes. Tous droits réservés

Huile sur toile. Auguste Chaix (1860-1922). 1915. Collection privée

Dans ce portrait en pied, le préposé est reconnaissable au veston et au képi du règlement de 1903. Le cor de chasse écarlate cousu sur la manche gauche indique qu’il est un tireur de 1re classe. Cette mention figure sur les livrets individuels des titulaires de cet insigne, qui bénéficient de permissions de 30 jours. L’auteur du tableau, Auguste-Hippolyte-Cyrille Chaix  est né à Vienne (Isère). Il expose, à Lyon à partir de 1891, puis à Paris à partir de 1898, des sujets militaires et des scènes de genre. On reconnaît sa maîtrise des sujets militaires au soin du détail apporté aux différents détails de l’uniforme et des accessoires.

Portrait de lieutenant-colonel, directeur des douanes. Tous droits réservés

Huile sur toile. Paule Pradal. 1916. Collection privée.

Ce portrait en buste représente Louis Pradal, directeur à Dunkerque, lieutenant-colonel et commandant du bataillon douanier du camp retranché de Dunkerque durant la Première Guerre mondiale, en tenue de campagne avec casque Adrian.  Il est représenté en tenue de campagne avec casque Adrian. Sans doute peint par un membre de sa famille, il se place dans la tradition des portraits bourgeois de la fin du 19e siècle. Sur sa tunique bleu horizon, distribuée par l’armée aux douaniers à partir de 1915, il porte des barrettes de décorations où l’on distingue la Légion d’honneur. Les chevrons que l’on devine sur sa manche gauche pourraient signifier qu’il a passé un an et demi au front. Le Livre d’or des douanes mentionne : « Nombreuses annuités. S’est acquis de nouveaux titres pendant la campagne actuelle ». Né à Tarbes en 1856, il est entré en douane en 1875 comme surnuméraire à Chambéry puis a gravi tous les échelons de la hiérarchie douanière.