5-Héroïsme

> Les missions spéciales

Les progrès de l’aéronautique permettent pendant la Première Guerre mondiale la conduite de « missions spéciales » grâce à des pilotes téméraires qui, associés à des agents de terrain, souvent des douaniers, mènent des missions de reconnaissance des mouvements des troupes et de sabotage en territoire ennemi. En 1915, plusieurs de ces missions sont confiées à des douaniers qui exerçaient avant guerre dans la Direction des douanes de Charleville. Leur recrutement et leur entraînement s’effectuent sous l’autorité du service aéronautique. L’escadrille n°3, commandée par le capitaine Brocard, est basée à Rosnay, près de Reims. « Les missionnaires, généralement, ne se connaissent pas. Ils ont d’ailleurs reçu une nouvelle identité et ils ne communiquent que très rarement entre eux. Après leur baptême de l’air, ils font quelques vols, d’environ une heure chacun, au cours desquels ils s’exercent à surveiller des troupes au sol, évaluer leur importance, connaître la composition des trains. Ils doivent être capables de tourner l’avion et de lancer l’hélice pour permettre au pilote de redécoller [...], ils doivent pouvoir, sans hésitation ni erreur, et sans l’aide de cartes, fournir des itinéraires qui, à travers bois et forêts, relient de multiples points situés dans leur secteur d’opérations » (Cette citation et les suivantes sont tirées de : 1915 Aviateurs et douaniers en missions spéciales. / Pèlerin, Claude In : Les Cahiers d’Histoire n°7, mars 1989. pp.3-25). Le jour du départ, le missionnaire, en civil, porte un énorme bagage contenant le matériel nécessaire au sabotage, des pigeons voyageurs, des provisions. Avec un tel équipement, ses déplacements sont ralentis.

« La tâche de l’aviateur n’est pas moins difficile que celle du missionnaire. Le problème du poids constitue un handicap majeur. L’appareil vole à 3 000 mètres. [...] Or l’autonomie de vol est limitée ; [...] l’avion ne peut tenir en vol plus de 3 heures 1/2. Le passager, avec son matériel, [...] représentent un poids considérable qui souvent compromet la mission ou provoque l’accident [...] ».
Afin que le missionnaire puisse disparaître au plus vite une fois au sol, le pilote choisit avec soin le lieu de l’atterrissage. Les prairies en bordure des forêts sont privilégiées puisqu’elles lui permettent également de redécoller rapidement.

En octobre 1915, le sous-brigadier des douanes Charles Arthur Goulard, au nom de code « Gaston 39 » est sélectionné pour une mission. Né en 1877 à Landouzy-la-Ville dans l’Aisne, il est mobilisé en août 1914 comme caporal au 5e bataillon des douanes de la Direction de Charleville. Il reste dans les Ardennes avec sa compagnie jusqu’au 24 août 1914, puis bat en retraite après la bataille de Charleroi. Il décide alors de rejoindre une unité combattante. Il fait équipe avec l’aviateur Georges Guynemer, jeune pilote d’escadrille talentueux. Né à Paris le 24 décembre 1894, Guynemer a été formé par Jules Védrines. Tous deux font partie des pilotes français les plus renommés de la Première Guerre mondiale, spécialisés dans des missions difficiles, voire impossibles. Guynemer mourra en mission au-dessus de Poelkapelle en Belgique le 11 septembre 1917. Celle qu’il conduit avec Goulard en 1915 est sa première.

Le 7 octobre, l’équipe s’envole à bord d’un Morane-Saulnier malgré le mauvais temps pour éviter d’être repéré par l’ennemi et atterrit difficilement, 1h30 plus tard derrière les lignes allemandes dans la forêt de Nouvion, près d’Aubenton dans l’Aisne. « Gaston n°39 » prend ses bagages, fait pivoter l’avion et s’enfonce dans le bois. Guynemer reprend son vol, mais le vent contraire freine l’appareil. Il craint d’être obligé de descendre dans les lignes ennemies par manque de carburant mais réussit à rentrer à bon port, trois heures après son départ. « Goulard a pour mission de faire sauter la voie ferrée Hirson-Guise ; il estime même pouvoir, au cours de la mission, endommager la ligne Hirson-Anor. Les Allemands ont vu l’appareil descendre et s’envoler, peu après. Ils se sont précipités vers le champ et ont fouillé en vain les environs. Goulard s’est blotti toute la journée dans un fourré. La nuit, il fonce au milieu des bois, atteint la ligne de chemin de fer, étudie les lieux, surveille les sentinelles, fixe ses explosifs et attend, en retrait, l’arrivée du convoi. Peu après, une énorme explosion retentit, la locomotive saute, le ciel s’embrase, les wagons s’écrasent, des hommes hurlent... Goulard accomplit dans les mêmes conditions la seconde partie de sa mission. Chaque fois, il a lâché deux pigeons qui ont rejoint Jonchery.

Plusieurs jours doivent s’écouler avant qu’un pilote, Védrines, vienne le reprendre. Goulard décide donc d’aller à Saint-Michel-sous-Gland où résident ses parents. Il y reste trois jours, observe le mouvement des troupes, relève les numéros des régiments et la nature des armements, puis lâche son dernier pigeon, celui qui aurait fixé le jour, le lieu et l’heure du rendez-vous avec l’aviateur. En marchant la nuit dans les bois et en se cachant le jour, il arrive le 11 octobre à Gernelle où il veut revoir son épouse et ses enfants. Mais, à l’entrée du village il a été reconnu par deux habitants qui le dénoncent. Le lendemain matin des gendarmes allemands envahissent sa maison, l’emmènent à la prison de Mézières, arrachent madame Goulard à ses quatre enfants et la conduisent à la prison de Charleville.

Après dix-huit jours de cellule et d’interrogatoires, Goulard qui n’a rien révélé, sera condamné à mort ». Il est exécuté le 28 octobre à l’âge de 38 ans. Le Gouvernement lui attribuera la médaille militaire à titre posthume le 18 mai 1919, avec cette citation à l’ordre de l’armée : « Gradé extrêmement brave et résolu, ayant un moral très élevé. Volontaire pour une mission particulièrement périlleuse, a fait preuve, dans l’accomplissement de celle-ci, des plus belles qualités d’énergie, de courage et d’esprit de sacrifice. Est mort pour la France ». Dans ses mémoires, Védrines écrira des douaniers missionnaires : « Notre travail à nous, aviateurs, était bien pâle à côté du leur et de la somme de courage et de volonté qu’ils devaient déployer pour réussir » (Hommage au pilote Jules Védrines et au douanier Henri Bertaux, La Cohorte, Revue de la société d’entraide des membres de la Légion d’Honneur, n°117 mai 1992. p11-14)

Briquets. Tous droits réservés

Briquet à décors. 1914-18. Collection privée

Facile à fabriquer avec des matériaux de récupération, le briquet est démocratisé par les soldats de la Première Guerre mondiale. Cet artisanat de tranchées se développe avec des matériaux variés : balles, cartouches de fusées, boîtes de sardines… Certaines pièces sont très soignées. Dès 1910, une taxe est appliquée sur les briquets manufacturés, dont le paiement est matérialisé par une petite plaque.

Le briquet de gauche représente le coq gaulois sur un poteau-frontière allemand brisé à terre.

La scène du briquet de droite s’inspire de l’œuvre de Georges Bertin, dit Scott (1873-1943), peintre du ministère de la Guerre. Le motif gravé sur le briquet reprend son dessin En Alsace ! Le vrai plébiscite, paru à la une de L’Illustration du 15 août 1914, à l’occasion de l’entrée des troupes françaises dans la ville de Mulhouse, allemande depuis 1871.

Zwickau – Souvenir de captivité

Carte postale ancienne. 1914-15. Coll° MND

Le château d'Osterstein, situé dans la ville de Zwickau (Saxe) a servi de prison à l’armée allemande. Y sont internés des prisonniers de guerre italiens et roumains, français et russes, dans des conditions très dures.

Le 18 octobre 1907 déjà, la convention de La Haye stipule dans son article 4 : « Les prisonniers de guerre sont au pouvoir du Gouvernement ennemi, mais non des individus ou des corps qui les ont capturés. Ils doivent être traités avec humanité. Tout ce qui leur appartient personnellement, excepté les armes, les chevaux et les papiers militaires, reste leur propriété. » Elle a été signée par la France et l’Allemagne à sa rédaction.

Compte-rendu d’évasion

Document administratif. Georges Place. 11/06/15. Coll° MND

Georges Place, affecté à la 2e Compagnie du 2e bataillon actif des douanes de Valenciennes relate en détail les circonstances dans lesquelles il s’est évadé de Villerspol, envahi par les Allemands, le 26 août 1914 pour éviter d’être fait prisonnier. 

Ce type de rapport administratif était demandé aux agents afin de documenter le rôle des douaniers. Sa citation à l’ordre de la brigade mentionne qu’il « a fait preuve de belles qualités de sang froid et de courage en réussissant à traverser les lignes allemandes au prix de grandes difficultés pour venir se mettre à la disposition de son pays. » Il reprend le combat le 5 septembre au soir, incorporé au bataillon de forteresse de Dunkerque.

Henri Descamps, assis au centre, et deux collègues

Carte-photo. 1914-1918. Coll° MND

Ces trois douaniers sont photographiés alors qu’ils sont a priori prisonniers, vu leur tenue. Selon toute vraisemblance, les Allemands ont encouragé la pratique de tels clichés à des fins de propagande. En recevant ces cartes-photos, les proches étaient rassurés sur les conditions de détention des soldats qui paraissent bien portant et rasés.

Henri Descamps, né le 1er mai 1880 à Bailleul (Nord) entre dans l’administration des Douanes, Direction de Dunkerque, en août 1903 comme préposé au sein de la capitainerie d’Hondschoote, puis dans la brigade Fort-Philippe en 1906. Il rejoint la brigade de Dunkerque en 1912. Il reçoit la médaille d’honneur des douanes le 1er janvier 1932 en récompense de 27 annuités dont 10 ans au moins de services effectifs, puis prend sa retraite  le 1er janvier 1934.

Portrait de Louis Matury, prisonnier de guerre

Carte-photo. 22/09/1916. Coll° MND

Ce douanier envoie ce portrait pris durant sa captivité, à sa sœur, afin de lui faire savoir qu’il est en bonne santé malgré son internement à Steffisburg (Suisse). Il est d’abord prisonnier au fort d’Ingolstadt (Bavière), destiné aux officiers qualifiés de « fortes têtes ». Au cours de la guerre, 219 000 prisonniers de guerre ont pu être échangés entre États belligérants, via la Suisse et ses organisations humanitaires, comme la Croix-Rouge.

Les conditions d’internement en Suisse sont d’abord très strictes, réservés aux malades et aux blessés graves, puis se sont adoucies : par la suite, les prisonniers âgés de plus de quarante-huit ans ou qui avaient passé plus de dix-huit mois en captivité pouvaient prétendre au départ pour la Suisse. Le Comité international de la Croix-Rouge est à l’origine de ces internements, proposés fin 1914, mais mis en place seulement à partir de février 1915. Au 1er mai 1917, plus de 13 000 prisonniers français sont internés  et soumis à un travail obligatoire, manuel ou intellectuel. Les pays d’origine doivent payer pour entretenir leurs prisonniers.

Capture d’un sous-marin allemand par des agents des douanes. Tous droits réservés

Carte-photo. 26/07/17. Collection privée

Cet événement qui s'est déroulé à Wissant (Pas de Calais) est relaté dans la citation à l'ordre de la division du 16 août 1917 : « Les agents des Douanes dont les noms suivent : Eugène Carpentier, Célestin Civel, Émile Honvault, Achille Lambert, Guillaume Le Gall, le 26 juillet 1917, sous l'intelligente direction du sergent Lambert, chef de poste qui, accompagné du caporal Isidore Delcroix et du douanier Gustave Nandellec, est allé avec une barque de pêche reconnaître presque bord à bord au risque d'être coulé par lui, un sous-marin mouilleur de mines allemand dont l’échouement avait été reconnu vers 4h30 par les douaniers Honvault et Le Gall, ont fait preuve de vigilance, d'énergie de sang-froid en capturant l'équipage entier du navire ennemi ». Cette carte-photo est prêtée par un descendant de l’un des agents mentionnés.