Penthières # Terres d'imaginaire

Les expositions temporaires du MND s’inscrivent dans un programme de valorisation de ses collections historiques, mais aussi au cœur d’un dialogue avec des partenaires, artistes ou photographes, dont les thématiques rejoignent les siennes. Frontières, limites, territoires, zones d’échanges trouvent en effet des échos dans le monde artistique. En 2013, les travaux d’orfèvre de Jean- Christophe Vigneau sont invités à côtoyer les cartes de penthières des douaniers et permettent d’explorer les thématiques liées à la représentation des territoires.

À l’instar des États qui, dès l’Antiquité, veulent maîtriser leur territoire, en assurer la pérennité et contrôler les échanges, notamment en plaçant des agents aux frontières, les douaniers dressent des cartes de leur zone de travail. Pour marquer leur territoire, les hommes disposent bornes et barrières portant leur emblème aux confins de leurs royaumes. Ainsi la douane n’a pas échappé à cette « habitude » cartographique.

Administration étroitement liée au territoire du fait de sa fonction de contrôle et de surveillance, elle a développé une cartographie spécifique et unique. La carte de penthière est sans doute une représentation exacerbée de ces notions : le douanier représente son rayon d’action, lieu où s’exercent ses pouvoirs et ses prérogatives. La carte de penthière symbolise la relation qu’entretiennent les agents avec cet espace qui les influence et les modèle. Elle participe ainsi à leur construction identitaire. Image interprétée, elle devient allégorique. Le douanier, personnage emblématique de la frontière, décrit à travers ses cartes sa propre compréhension du monde. Il représente la nation, sa traduction territoriale et envisage sa violation. Il matérialise les tensions entre les États et la vie locale frontalière. C’est un révélateur de l’implantation des services et donc de la sensibilité de la zone frontière. À travers leurs représentations géographiques, les douaniers se décrivent eux-mêmes tout comme leurs conditions de travail. Ces éléments contribuent sans nul doute à la charge émotionnelle de certains de ces témoignages.

En regard de ces cartes essentielles, les « travaux » de Jean-Christophe Vigneau comme il les appelle lui-même, empruntent à la cartographie, mais loin d’exprimer des certitudes, dessinent des rêves. En jouant avec le monde, ce plasticien puise dans son inspiration et dans les matériaux récupérés au hasard de ses quêtes et au fil de ses errances. Il décompose les cartes pour les recréer, proposant une relecture, interrogeant les codes tacites établis, les bousculant. Les signes ne sont plus fidèles à la réalité et nous sommes décontenancés par ces terres sans repères, sans ancrage.

L’exposition présentée propose une réflexion sur les représentations du monde à travers les regards croisés des douaniers et de l’artiste invité. Ces deux visions sont à la fois similaires dans leur concept de territorialisation et singulières dans leur vocation : cartes-outils pour les douaniers, objets esthétiques pour Jean-Christophe Vigneau. Un projet aux deux univers parallèles qui s’interpellent et partagent leur langage : celui de l’imaginaire.

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