Les cartes de penthière

Les cartes de penthière sont spécifiques à la douane et intrinsèquement liées à sa mission de surveillance des frontières et à son organisation. L’administration des douanes comprend en effet deux grandes branches : les bureaux chargés des opérations de dédouanement des marchandises et les brigades qui luttent contre la fraude et la contrebande. Au 19e siècle, ces dernières sont organisées militairement. Les agents sont armés, souvent casernés, ils portent l’uniforme et comptent dans leurs rangs beaucoup d’anciens militaires. Quels que soient le lieu et l’époque, le travail des brigades présente des caractéristiques communes : sa préparation et son exécution sont entourées de secret ; chaque sortie donne lieu à un ordre et à un rapport écrits.

À cette époque, la zone-frontière terrestre ou maritime est déterminée par un double tracé. Une première ligne suit la frontière proprement dite, où est affecté un premier groupe de brigades. À dix kilomètres en-deçà une seconde ligne est dessinée. L’espace entre les lignes constitue le fameux rayon des douanes. À cette bande de territoire correspondent des pouvoirs spécifiques que les agents peuvent mettre en œuvre. Le rayon est découpé en portions auxquelles sont affectées des brigades. Cette zone est appelée « penthière ».

Le terme « penthière » mérite à lui seul notre intérêt car son origine précise est inconnue. Th. Duverger en 1858 dans son ouvrage « La douane française » écrit que les commis de la Ferme générale, qui remplissaient les missions de douane sous l’Ancien Régime, employaient déjà ce terme. En 1819, le directeur général des douanes lui-même, dans une circulaire du 10 mars2, utilise ce terme, ce qui indique qu’à cette époque il est déjà courant, et ce jusqu’au plus haut niveau de l’administration. Du point de vue de son étymologie, aucune certitude non plus. Il pourrait dériver du terme militaire « bandière » qui désigne les lignes ennemies, que l’on retrouve en allemand, en italien ou en espagnol, ayant donné « bande », « banderole » mais aussi « contrebande ». Selon une autre hypothèse, il proviendrait du mot « pante » ou « pente » voire « pantière » selon les orthographes, qui désigne des filets à oiseaux que les chasseurs tendent entre les arbres, pièges communément utilisés pour la chasse à la palombe. Le parallèle entre cet outil de capture et le dispositif de surveillance mis en place par les douaniers pour piéger les contrebandiers n’est pas dénué de sens : la penthière est bien la maille du filet douanier disposé le long des frontières !

La date précise d’apparition des cartes st également méconnue, de même que celle de leur réglementation et de leur caractère présumé obligatoire. Plusieurs pistes indiquent qu’elle pourrait dater du début du 19e siècle. Un rapport sur la direction de Bastia rédigé en 1819 comprend un « Tableau du Front de Penthière de la direction de Bastia » dont une des colonnes est intitulée « Etendue de Penthière ». La revue des Douanes du 19 décembre 1955 cite une décision du 23 octobre 1834 qui indiquerait qu’ « Il doit être établi, dans chaque poste, un état indiquant la topographie et les limites particulièrement. Cet état est conservé sous clé par le brigadier ». Enfin, dans un registre d’ordres et d’événements de la brigade du Grau au MND, le capitaine des douanes Autié intitule le 9 septembre 1846 une de ses observations de la façon suivante : « délimitations des Penthières sur le chenal ». ans ce même registre, l’inspecteur Masseron précise le 5 juin 1889 des règlements prévoyant l’établissement des cartes de penthière, sans cependant en donner les références. Ainsi, leur création pourrait relever d’initiatives locales qui se seraient répandues, pour ensuite devenir habituelles. La présence dans les brigades de nombreux personnels d’origine militaire peut également expliquer la réalisation de ces documents, inspirés des cartes d’état-major. Il s’agit cependant bien d’une cartographie spécifique et unique.

Les cartes de penthière sont d’une exactitude et d’une qualité très variables, mais elles indiquent nombre d’éléments stratégiques : lieu d’implantation des services, limites de compétence, points de rendez-vous, d’embuscade, et sont donc à ce titre confidentielles. De ce fait, elles sont généralement conservées sous clé ou accrochées au mur de la brigade. Dans ce cas, elles sont protégées des regards indiscrets par des volets que l’on verrouille. Cependant, hormis pour les nouveaux agents, on peut supposer que la carte ne sert pas réellement à se repérer. En effet, la pratique quotidienne que les douaniers ont de leur penthière laisse supposer qu’ils la connaissent dans ses moindres détails. Elle constitue alors plus un support de travail lors de l’élaboration des stratégies et des ordres de mission des unités.

Malgré le développement des cartes IGN, les cartes de penthière persistent car elles présentent de multiples avantages : plus précises et plus détaillées, elles comportent de nombreuses mentions ignorées dans les cartes officielles. En outre, le découpage des zones administratives ne correspond pas forcément au découpage douanier de la frontière. Leur usage s’est néanmoins perdu petit à petit au lendemain du second conflit mondial, lorsque l’attention spécifique de la douane vers la frontière s’est modifié avec des conséquences évidentes sur le travail des agents.

À partir des années 1960, le dispositif douanier est passé d’une conception de la frontière comme une série de points de passage statiques à surveiller, à une réflexion en termes d’axes de fraude pour intégrer la dynamique des routes des contrebandiers. Avec la construction européenne et la libre circulation des personnes, des marchandises et des capitaux, un redéploiement des effectifs sur l’ensemble du territoire a été opéré. À l’inverse de ce qui s’était passé au lendemain de la Révolution française lorsque les frontières intérieures avaient été supprimées pour créer un territoire national unique, conduisant au redéploiement des douaniers vers les frontières tierces, au 20e siècle, la suppression des contrôles systématiques aux frontières avec les pays membres a conduit au contraire à une nouvelle organisation des services et à des contrôles en tout point du territoire. Le dispositif terrestre traditionnel est réorganisé et la douane entre dans la modernité.

Penthière de Breux (Meuse)

Auteur inconnu

Encre et crayon de couleur sur papier imprimé

64,5 x 58,5 cm

Echelle 1/20 000e

Sans date

N° inv. : 981.152.1

Penthière de Tellancourt (Meurthe-et-Moselle)

Auteur inconnu

Encre et pastel gras sur papier à dessin

63,5 x 47,5 cm

Sans date

N° inv. : 981.109.1

Penthière des Hautes-Rivières (Ardennes)

Auteur inconnu

Encre, crayon de couleur et gouache

sur papier à dessin entoilé

47,8 x 63 cm

Sans date

N° inv. : 981.81.1

Penthière de Hombourg (Haut-Rhin)

Roussel

Encre et crayon de couleur sur papier à dessin

79,7 x 79,7 cm

Echelle 1/25 000e

Sans date

N° inv. : 981.78.1

Penthière de Sapogne (Ardennes)

Auteur inconnu

Encre et crayon gras sur papier à dessin entoilé

63 x 48 cm

Echelle 1/20 000e

Sans date

N° inv. : 981.39.2

Penthière de Vagney (Vosges)

Auteur inconnu

Encre et crayon gras sur papier à dessin

80 x 74,9 cm

Echelle 1/25 000e

1890

N° inv. : 981.11.3

Penthière de Bettlach (Haut-Rhin)

Auteur inconnu

Encre et crayon de couleur sur papier à dessin

80,1 x 81,8 cm

Echelle 1/25 000e

20 juin 1922

N° inv. : 981.7.1

Penthière d’Etueffont (Territoire de Belfort)

Auteur inconnu

Encre sur papier à dessin

49 x 63,5 cm

Echelle 1/20 000e

Sans date

N° inv. : 981.124.1

Penthière de Vrigne-aux-bois (Ardennes)

Auteur inconnu

Encre, crayon gras et gouache sur papier à dessin

47 x 62,5 cm

Echelle 1/20 000e

Sans date

N° inv. : 981.66.1

Penthière de Lebetain (Territoire de Belfort)

Brigadier Boisjardin

Encre et crayon de couleur sur papier à dessin

80,5 x 76,5 cm

Echelle 1/25 000e

Sans date

N° inv. : 981.20.1

Carte de penthière de Maureillas (Pyrénées- Orientales)