Reportages dans le Sud-Est

Vedette Jean Dorval dans le port Nice 1950

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale la douane reconstitue sa flotte navale pour faire face à une  contrebande puissante en Méditerranée. C’est l’époque de la « route des blondes » : la contrebande maritime de cigarettes américaines. Plusieurs unités de haute mer sont ainsi mises en service.
L’administration dispose également de seize vedettes disparates aptes à surveiller le littoral et les ports. Elle décide de faire appel aux Chantiers Navals de l’Esterel à Cannes pour une série de vedettes supplémentaires, rapides et plus légères, destinées à la surveillance côtière. C’est le cas de la vedette « Vérificateur Jean Dorval » photographiée ici dans le port de Nice en 1950, en souvenir de ce douanier résistant, fusillé par les Allemands à Lyon.

Brigade maritime dans le vieux port Marseille 1950

En 1950, Marseille est en pleine reconstruction. Le déblaiement des bassins portuaires et la réparation des quais se poursuivent à un rythme accéléré. Contrairement aux ports du Havre, de Bordeaux et de Strasbourg qui ont choisi le régime particulier des ports autonomes, le port de Marseille est administré directement par l’État, avec le concours de la Chambre de Commerce qui est en même temps concessionnaire de la plus grande partie des installations.
Dans les ports, une partie plus ou moins importante de l’effectif des agents des brigades est groupée en unités autonomes. Elles sont chargées de contrôler le périmètre de l’enceinte portuaire pour faire échouer les tentatives d’enlèvements frauduleux, soit de colis provenant de la cargaison des navires, soit d’objets de pacotille débarqués par les équipages sans avoir été présentés aux bureaux de visite.

Photo publiée dans le Journal de la Formation Professionnelle n°47, 1955, p. 1, « Canot de surveillance du port »

Brigade maritime dans le vieux port Marseille 1950

Ces brigades de surveillance générale complètent au niveau des issues terrestres du port et à travers les quais, le contrôle que les brigades d’opérations commerciales exercent sur les cargaisons aux portes des magasins-cales et sur les terre-pleins.
Le port de Marseille étant fermé, leur action est grandement facilitée. En 1956, quatorze portes sont ouvertes le jour et dix la nuit. Les portes utilisées jour et nuit sont gardées par quatre services de factionnaires de six heures chacun. Celles utilisées de jour seulement ne nécessitent que deux services de six heures. Le dispositif général de surveillance douanière est constitué de trois brigades de surveillance générale et d’une brigade mobile terrestre composée de seize agents qui opèrent uniquement en civil à l’intérieur et sur les abords extérieurs des grilles.

Contrôle aux grilles du port Marseille 1950

Au niveau du port de Marseille, cinq officiers et six-cent sous-officiers, préposés et matelots ont la charge d’assurer le contrôle des opérations d’embarquement et de débarquement (service d’écor) ainsi que la surveillance des issues et de la zone portuaire. Ces services sont organisés suivant des modalités tout à fait particulières, basées pour une grande part sur le système de clôture du port, entouré presque intégralement par une grille en fer de 2,50 m de hauteur et qui ne comporte qu’un nombre déterminé d’ouvertures pour permettre l’accès aux môles.
Ces agents sont répartis à la surveillance des passes Nord et Sud, à la visite des navires à l’arrivée et au départ, et au contrôle des quais, lesquels sont divisés en trois secteurs (Nord, Centre et Sud Joliette).

Embarquement sur un paquebot [Le Providence] Marseille 1950

En 1950, le trafic de voyageurs du port de Marseille représente plus d’un million de personnes, dont une large majorité est en relation avec l’Afrique du Nord. Marseille est l’un des points du territoire les mieux desservis par les liaisons maritimes, aériennes et ferroviaires qui permettent aux voyageurs de bénéficier de relations rapides et régulières vers les principales villes d’Europe.
Depuis 1949, Marseille redevient un port d’escale important pour les grandes compagnies qui desservent l’Afrique du Sud, l’Extrême-Orient, l’Australie ou les Amériques. Elles saisissent l’occasion de leur passage de quelques heures à Marseille pour se ravitailler, débarquer et rembarquer des marchandises, pendant que leurs passagers visitent la ville.

Visite des voyageurs partant pour l’Indochine Marseille 1950

La visite des passagers et de leurs bagages à l’arrivée et au départ est assurée par un service spécialement organisé à cet effet qui comprend sept inspecteurs et inspecteurs-adjoints placés sous l’autorité d’un inspecteur Central, chef de service, qui relève de l’inspecteur Principal. Ce service est installé au Bureau Central de l’Hôtel des Douanes où il assure une permanence de 7 à 20 heures en hiver et de 6 à 22 heures en été. Il est informé à l’avance par les compagnies de la date et de l’heure prévues des arrivées et des départs.
Le port de Marseille ne comporte pas de gare maritime à proprement parler mais la plupart des compagnies de navigation ont spécialement aménagé certains de leurs hangars en salles de visite offrant toute la commodité pour la visite des passagers, tant pour le confort de ces derniers que de la bonne exécution du contrôle douanier. Le service de l’Hôtel des douanes se déplace sur les lieux d’accostage ou d’embarquement pour favoriser le contrôle.

Poste écor dans un hangar du port Marseille 1950

L’écor consiste à dénombrer et identifier les colis d’une déclaration en douane, à l’importation, en transit ou à l’exportation. Cette opération permet de vérifier que les éléments énoncés dans les documents correspondent réellement aux marchandises présentes physiquement, en quantité et en nature. Elle permet également d’assurer la surveillance effective des marchandises en cours de dédouanement afin d’éviter toute substitution ou enlèvement irrégulier.
Cette vérification matérielle qui requiert exactitude et précision est confiée à des agents expérimentés désignés sous le nom d’écoreurs. Les opérations les plus importantes ou les plus délicates sont attribuées à ceux d’entre eux qui ont une longue pratique de la fonction ou qui se signalent par le soin particulier qu’ils y apportent. Les résultats du contrôle sont consignés sur le carnet d’écor ou les déclarations. Les indications portées sur ces documents servent à l’apurement des écritures de prise en charge où toute omission ou irrégularité sont susceptibles de faciliter les manoeuvres frauduleuses, de même qu’elle peut entraîner, pour le commerce, des difficultés.

L’écor à l’embarquement Marseille 1949

En 1955, 18 157 tonnes transitent par le port de Marseille et ses annexes, soit 24% du trafic national (en poids), faisant de lui le premier port français. Environ 80 % d’hydrocarbures passent par la cité phocéenne. Cette nette prédominance s’explique par les infrastructures disponibles, indispensables pour accueillir des navires au tonnage croissant et l’aménagement des réseaux de circulation (route, fer).
Cette scène se déroule sur le quai où un agent contrôle l’embarquement des marchandises.

Photo publiée dans le Journal de la Formation Professionnelle, n°46, 1955, p. 37

Bureau de visite sur le port Marseille 1950

Pour la vérification des marchandises, le port est divisé en trois grands secteurs : Môles Nord, Centre et Sud, placés chacun sous l’autorité d’un inspecteur central chef de secteur. Ces secteurs comprennent eux-mêmes une ou deux subdivisions dont chacune a également à sa tête un inspecteur central.
Les inspecteurs centraux subdivisionnaires ont la responsabilité des bureaux de visite qui sont pour la plupart installés dans des locaux fournis par la Chambre de Commerce et situés à l’étage inférieur des hangars des compagnies de navigation constitués en magasins-cales. Ils sont au nombre de treize et chacun d’eux comporte un effectif variant de un à trois agents suivant l’importance du trafic habituel qu’ils contrôlent. Le personnel de visite est affecté à ces différents bureaux par roulement, tous les quatre mois pour les inspecteurs, tous les six mois pour les inspecteurs centraux de subdivision et tous les ans seulement pour les Inspecteurs centraux, chefs de secteur.

Bureau de douanes Marseille 1950

Le travail des inspecteurs de visite est fortement conditionné par la variabilité des opérations de dédouanement (importation, exportation, transit...), des marchandises elles-mêmes et de leurs volumes. Ils doivent aller vite et se déplacer en de nombreux points du port tant les quais sont étendus. Ici, il n’est pas possible de planifier et de programmer les contrôles comme cela se fait habituellement. L’inspecteur doit ainsi concilier respect des réglementations et fluidité du trafic.
Pour pallier cette difficulté, plusieurs mesures sont mises en place. Les chefs de secteurs transfèrent ponctuellement les agents des différents bureaux afin qu’ils absorbent les pics d’activité des uns et des autres. Une procédure spécifique est adoptée pour les primeurs afin de décongestionner plusieurs bureaux de visite sur les quais. Grâce à ces diverses mesures, le service de la visite fonctionne à Marseille dans des conditions satisfaisantes tant pour les intérêts du commerce que ceux de l’administration.

Caserne des douanes « La Joliette » : la cour intérieure Marseille 1950

C’est en 1861 que le projet de construction d’une caserne des douanes à Marseille se concrétise dans le quartier de la Belle de Mai (3e arrondissement). Elle a pour but de regrouper les 300 agents des brigades de la Joliette. Cette caserne, comme celle du Havre, constitue d’ailleurs l’une des plus importantes acquisitions historiques de la Masse des Douanes1 qui participe pour moitié à l’acquisition du site. La construction est autorisée seulement à partir de 1901 et la caserne est inaugurée en 1903. Elle symbolise à l’époque le confort et la modernité.  L’entrée se fait par le boulevard de Strasbourg, desservi par les lignes de tram qui mènent au port de la Joliette. C’est sur cette artère que se trouvent les services d’administration : bureaux, logements des officiers. Si l’ensemble des bâtiments est sobre, l’entrée principale, avec sa porte d’entrée décorée d’un haut-relief, témoigne d’un certaine recherche architecturale. Le fronton, réalisé par Raymond Sudre, second Grand-Prix de Rome, représente Neptune et Mercure se détachant sur un horizon de mer sillonné de navires.
La surface du terrain étant limitée par rapport aux besoins, les dix-sept bâtiments sont construits en hauteur, organisés autour de cours facilitant l’aération et la luminosité des logements. Certains sont destinés aux familles, d’autres aux célibataires.

Caserne des douanes « La Joliette » : le lavoir Marseille 1950

Les bâtiments destinés aux agents célibataires sont distincts de ceux des agents en famille. Ces derniers sont au nombre de huit, sur cinq étages. Ils sont divisés en maisons distinctes comportant des logements de deux, trois et quatre pièces, soit en tout 555 logements. Les logements sont assignés aux agents en fonction de leur situation familiale, du nombre et du sexe et de l’âge des enfants.
La caserne de la Joliette est conçue avec un soin évident apporté aux questions de confort et d’hygiène : le tout-à-l’égout, l’eau courante, les toilettes privées dans les appartements... Les agents des brigades qui y sont logés bénéficient d’installations très modernes pour l’époque et d’un loyer modéré. Avec, en outre, tous les services qui s’y trouvent, c’est une véritable ville dans la ville. On y recense une cuisine, une buvette, une cantine, des réfectoires avec salles des fêtes, salle de billards, etc. Dans le bâtiment situé à l’angle sud-est est située l’infirmerie, face à l’école maternelle. Les lavoirs et les buanderies occupent deux autres bâtiments. Un système de canalisation assure la distribution de l’eau du canal dans la caserne.