Reportages dans le Sud-Ouest

Caserne des douanes, Ancien couvent des Récollets Ciboure 1953

Le couvent des Récollets se situe entre Saint-Jean-de-Luz et Ciboure. Il est construit en 1613, agrémenté d’une chapelle, pour accueillir une congrégation de Frères mineurs récollets observant la loi franciscaine. Un cloître et d’autres bâtiments sont édifiés au fil du temps pour répondre aux besoins de la communauté religieuse.
Le cardinal Mazarin y séjourne un an pour négocier la Paix des Pyrénées (traité de paix entre l’Espagne et la France signé en 1659) et offre en remerciement de son hébergement une citerne et un puits pour la cour, visible sur
ce cliché. Le couvent est fermé en 1793 et les derniers religieux partent pour l’Espagne. L’État l’acquiert en 1821 et affecte une partie des bâtiments à la douane pour y installer une caserne pour ses agents. Elle reste en service jusqu’en 1996.
Compte-tenu de l’intérêt patrimonial du bâtiment, le cloître et le puits sont classés aux Monuments historiques dès 1925 puis l’ensemble du couvent en 2013. La chapelle est devenue depuis une salle d’exposition.

Au pays basque Dancharia 1953

Dancharia (Dantxaria en basque) est un quartier de la ville d’Ainhoa qui jouxte la frontière franco-espagnole. Comme à de nombreux autres points sur cette frontière, la contrebande a toujours existé et la présence douanière est demeurée constante jusqu’en 1993, les infrastructures s’adaptant au fil du temps. Dans les années 1950, la route est coupée par des barrières métalliques qu’il faut actionner manuellement et qui sont cadenassées la nuit.
Sur cette photo, un douanier surveille les allées et venues, attentif notamment aux pacotilleurs. Ces contrebandiers locaux tentent de faire passer de petites quantités de produits d’épicerie vers l’Espagne, où la pénurie globale d’après-guerre fait grimper les prix, grâce au taux de change favorable. Les éleveurs, selon les cours du fourrage et de la viande, trouvent également avantage à faire paître ou vendre les bêtes des troupeaux d’un côté ou de l’autre de la frontière.
Les douaniers, chargés d’appliquer les taxes et les restrictions sur les marchandises, délivrant les droits de passage pour le bétail, ont une lourde charge de travail. Ils sont donc plus d’une quarantaine, installés dans la caserne de Dancharia, à une vingtaine de mètres de cette barrière frontalière.
Plus tard, la barrière métallique sera remplacée par un poste de contrôle placé au milieu de la route pour contrôler les véhicules dans les deux sens.

Poste frontière Hendaye 1954

La Guerre Civile Espagnole (1936-1939) et l’occupation allemande de la France (1940-1944) créent une situation particulière au niveau de la frontière pyrénéenne. Sur la côte basque, Hendaye est une ville portuaire dont le seul accès routier vers l’Espagne est le pont international, construit en 1916, sur lequel se trouve un bureau de douane. Elle se situe alors en zone occupée. Sous le régime de Vichy, les frontières sont fermées et il faut contrôler strictement le passage des personnes. Or, de nombreux réfugiés fuyant le franquisme ou le nazisme cherchent à traverser de part et d’autre.
La frontière reste fermée jusqu’en 1948, accentuant la pénurie d’après guerre et séparant les familles. La réouverture est progressive et marquée par beaucoup de restrictions et de formalités. L’ancien bureau douanier du pont d’Hendaye est reconstruit en 1951 pour gérer des flux de voyageurs importants : les Espagnols viennent
notamment en France pour travailler à la journée et surtout acheter à bas prix des denrées alimentaires qui sont rationnées plus drastiquement de leur côté de la frontière.
Le passage est plus complexe en sens inverse, et très formalisé : les Français doivent d’abord passer la douane du pont munis d’un visa, long et coûteux à obtenir. Le passage des voyageurs reste difficile jusque dans les années 1960.
Le pont international d’Hendaye est aujourd’hui réservé aux piétons et cyclistes et le pont Saint-Jacques, plus large, permet un trafic routier plus important et plus fluide entre Hendaye et Irun.

Bureau du poste frontière Hendaye 1954

La réouverture de la frontière franco-espagnole après la Guerre Civile Espagnole et la Seconde Guerre mondiale est progressive à partir du 10 février 1948. Le passage des personnes munies d’un visa est autorisé, tandis que les mouvements de marchandises sont soumis à de nombreuses formalités. La zone d’Hendaye concentre tout particulièrement les tensions économiques et sociales conséquentes des deux ans de fermeture frontalière. Le bureau de douane du pont international édifié en 1916, vétuste et petit, ne permet pas d’accueillir les usagers de façon confortable. C’est pourquoi la douane fait construire un nouveau bureau sur ce lieu stratégique pour gérer les flux et les procédures.
Doté d’un mobilier moderne, le nouveau bureau est également équipé d’un hygiaphone. Cette invention française aurait été conçue suite à une importante épidémie de grippe parmi les agents de la SNCF afin de protéger le personnel recevant du public. L’inauguration a lieu le 17 novembre 1951.
La présence d’une employée sur cette photo est symbolique de l’ouverture des emplois dans la fonction publique. Les femmes accèdent, sous réserve de quotas, à des postes douaniers de catégorie C dans les bureaux à partir de 1946, puis de catégorie B en 1955.