L'architecture des postes de douanes

Les bâtiments douaniers

La frontière, naturelle ou artificielle, constitue intrinsèquement une démarcation entre deux entités. Le voyageur qui parcourt le monde de pays en pays a en lui l’image récurrente du douanier l’attendant au poste de douane. Tout au long des frontières, la douane possède de nombreux bâtiments, parfois très anciens.

Une loi mise en vigueur en 1791 permit à la Régie des douanes de réquisitionner des immeubles et des terrains et d’établir des postes de surveillance et de contrôle des frontières, partout où elle le jugeait nécessaire. De nombreuses constructions apparurent alors aux limites du territoire français, notamment le long du littoral. Par exemple, des cabanes construites et entretenues par les douaniers eux-mêmes, qui ont perduré tout au long du 19e siècle pour peu à peu disparaître au début du 20e siècle.

Par ailleurs, l’administration peut également mettre à la disposition des agents des logements, parfois collectifs en caserne, ou bien individuels dans des cités pavillonnaires. Mais au quotidien, les douaniers travaillent dans des postes de contrôle et bureaux de douane qui jalonnent les frontières, et doivent être facilement identifiables. Aubettes, bureaux de contrôles, guérites, les postes de douane constituent donc un parc immobilier qui se caractérise par une grande diversité, en fonction de la géographie et de l’architecture locale, mais également des servitudes de l’édifice.

L’exposition Nicolas Fussler : postes de douanes met en avant deux types d’édifices. Jusque dans la première moitié du 20e siècle, les postes aux frontières ne répondent à aucune prérogative esthétique particulière. Une grande diversité existe alors, et les postes, souvent installés dans des constructions anciennes, prennent des formes variées car l’administration a installé ses bureaux dans les bâtiments qu’elle a eu l’opportunité d’acheter ou de louer. Les postes de douane correspondent donc généralement aux styles architecturaux régionaux.

Comme le remarque Julien Chauvet dans son mémoire de recherche réalisé au Musée national des douanes en 2002, Images d’un patrimoine architectural. Etude du fonds photographique « Bâtiments douaniers », « […] une grande majorité des bâtis dont dispose l’administration a été, soit aménagée, soit recyclée, soit détournée de sa fonction première. C’est pourquoi nous pouvons observer avec intérêt, par exemple, une école primaire dans les Alpes aménagée en Ecole de Ski de la Douane, ou encore un couvent dans les Pyrénées-Atlantiques détourné en Bureau Maritime. […]. Ceci présente des avantages, particulièrement d’un point de vue architectural. En effet, ces bâtiments, souvent anciens (fin 19e, début 20e), ont un passé, une histoire, et sont généralement représentatifs d’une architecture vernaculaire. […] Aussi ces bâtis s’intègrent-ils avec sobriété dans l’environnement.»

Dans l’entre-deux-guerres, les installations douanières sont en piteux état. Le périodique des « Annales des douanes » fait ce constat en 1930 : « Les emplacements sont souvent défectueux, mais, en outre, les installations sont insuffisantes, elles manquent de confort, constituent parfois un défi à l’hygiène, sont malpropres et insalubres ». Confrontée à ce problème, l’administration met alors en œuvre une vaste campagne de rénovation et de construction, remettant ainsi en valeur ce patrimoine si particulier, puis de reconstruction. On peut observer la reproduction de ce même phénomène de rénovation et construction, dans les années 1950-1960.

Alors que l’administration reprend en main son parc immobilier déjà existant, la variété architecturale qui prévalait jusqu’alors disparaît au profit d’une certaine uniformité des constructions : les nouveaux postes doivent maintenant répondre à un impératif de modernité, et de visibilité de leur fonction administrative. Les structures simples et le béton deviennent les nouvelles normes de construction, à l’instar des autres administrations françaises. Ce constat est particulièrement avéré à la frontière franco-allemande où de nombreuses installations ont été détruites pendant la Seconde Guerre mondiale. Tout au long des limites du territoire français, cette frontière est la seule où l’on puisse observer une réelle unité architecturale.

Il n’existe donc pas d’architecture douanière à proprement parler, mais plutôt une architecture frontalière qui témoigne à travers différentes constructions de cette position géographique particulière. L’histoire de cette administration et son évolution constante au rythme des bouleversements politiques ont engendré la constitution d’un parc immobilier vaste et très varié. Depuis l’ouverture des frontières européennes, le poste de douane a souvent changé de physionomie, s’adaptant aux impératifs de la modernité. Du plus modeste au plus monumental, de la banale aubette de Dancharia à la frontière espagnole à l’inattendue construction de briques de Guyvelde près de la Belgique, les postes de douane représentent toujours un point de passage. Conciliant visibilité symbolique et fluidité du trafic, ils décrivent l’histoire d’une administration ancestrale.

Cerbère Crédit photo : N. FUSSLER

Poste frontière

France, Cerbère

2004

Cerbère est une commune située sur la frontière franco-espagnole. Si son nom dérive de l'expression latine locus cervaria, lieu peuplé de cerfs, il désigne également le chien à trois têtes de la mythologie grecque qui contrôlait l'entrée des enfers et le fleuve Styx. Cerbère possède ainsi une dimension symbolique forte [...].

Dancharia Crédit photo : N. FUSSLER

Poste frontière

France, village d’Ainhoa, au pied du col de Dancharia

2009

Ce poste des Pyrénées-Atlantiques, dépendant du village d’Ainhoa, est situé à proximité du pont de Dancharia sur la rivière-frontière de Lapitxuri. Installé au centre de la route, il permet aux agents de contrôler la circulation des moyens de transports dans les deux sens. L’inscription « Douanes françaises », ainsi que le mât permettent aux voyageurs d’identifier ce poste de douane. La fonctionnalité de ce bâtiment se ressent également dans son architecture : volumétrie simple, petite structure, larges baies vitrées.

Larrau Crédit photo : N. FUSSLER

Bureau de douane

Espagne France

2004

Larrau Cliché photothèque MND

Bureau de douane

Espagne France

1976

Villers-devant-Orvak Crédit photo : N. FUSSLER

Poste frontière

Belgique, Villers-devant-Orvak

2008

Villers-devant-Orval est une petite commune belge située dans les Ardennes, à proximité de la ligne Maginot. Jusqu’à l’ouverture des frontières à l'occasion de la mise en place du Grand Marché Intérieur à partir de 1993, la contrebande y était très active, et notamment celle de tabac, ce dernier étant moins cher en Belgique. Les registres douaniers du début du 20e siècle témoignent également des passages répétés des ouvriers allant travailler dans le pays voisin [...].

Muno Crédit photo : N. FUSSLER

Bureau de douane

Belgique, commune de Florenville, Muno

2008

Muno est un petit village dépendant de Florenville en Belgique, en région wallonne. Positionné le long d’une petite route non loin de Sedan, dans une boucle de la frontière, ce poste de douane a été construit sur le modèle d’une habitation individuelle.

Ghyvelde Crédit photo : N. FUSSLER

Bureau de douane

France, Ghyvelde

2008

Ce poste frontière se trouve sur la route nationale qui relie Dunkerque à Furnes, à la frontière franco-belge, dans la région Nord-Pas-de-Calais. La conception architecturale, ainsi que le matériau de construction, la brique, ancrent fortement ce bâtiment dans les traditions locales, malgré sa fonction administrative. Sa façade traditionnelle est entourée de deux hauts pignons crénelés typiques de l’architecture flamande. De chaque côté de la porte centrale, les façades se répondent symétriquement. La porte est l’axe principal qui délimite d’un côté le poste de contrôle et de l'autre le bureau de douane où l'on procédait aux opérations de dédouanement des marchandises [...].

Herboure Crédit photo : N. FUSSLER

Bureau de douane

France, commune d'Urrugne, quartier d'Herboure

2009

Cet édifice est situé dans le quartier d’Herboure, sur la commune d’Urrugne, dans les Pyrénées-Atlantiques. Il a été construit en 1932 et immédiatement occupé. Très proche d’Irun et de Hendaye, c’est un lieu de passage important vers l'Espagne. Sur le modèle d’une maison individuelle, il est constitué d’un soubassement de pierres apparentes et le rez-de-chaussée s’ouvre sur trois arcades en plein cintre. Ce bâtiment avait une fonction de poste et de recette de la douane. Un autre bâtiment douanier en tous points semblable est situé à seulement quelques kilomètres d’Herboure, dans le village de Sare.