Photographier l'architecture

L’un des principaux usages documentaires de la photographie relève de la photographie d’architecture. Dès 1851, la photographie est employée pour mettre en œuvre la « Mission héliographique » commandée par la Commission des Monuments Historiques en vue de produire une couverture photographique des monuments de la France. Or, cette fonction utilitaire fut détournée par les artistes sollicités pour réaliser cette mission : Le Gray et Baldus, entre autres, profitèrent de cette commande pour développer leurs recherches visuelles personnelles, et donnèrent à la photographie des images qui comptent parmi ses premières productions artistiques. Pourtant, la photographie d’architecture conservera longtemps ce statut utilitaire : fonction patrimoniale d’inventaire des bâtiments, fonction illustrative des créations architecturales, fonction de promotion de la culture industrielle.

La relation entre architectes et photographes n’a pas toujours été égalitaire, et la photographie d’architecture, si elle s’est progressivement professionnalisée, a peiné à atteindre son émancipation en tant que genre artistique du fait de cette pratique largement liée à la commande. Il s’agit en outre d’ « une création sur une création » : la concurrence de l’architecte dans la recherche de la reconnaissance artistique et de la paternité de l’œuvre est féroce. Lloyd Wright, Gropius, Le Corbusier dénient à leurs photographes toute dimension créative, refusant même de les rémunérer pour l’exploitation de leurs clichés. Dans ces conditions de production, la démarche photographique est en effet identifiée comme une prestation, et non comme une œuvre autonome.

Il faut attendre le milieu des années 1920 pour voir apparaître les premiers crédits photographiques identifiant l’auteur de l’image : cette période correspond au développement de la publicité, qui fait la part belle aux clichés et non plus seulement aux éléments représentés. Mais la recherche de l’effet formel, dans cette optique publicitaire, et sous l’influence de la Nouvelle Photographie, s’apparente bientôt à un maniérisme esthétique dénoncé en 1929 par Wilhelm Lotz, rédacteur en chef de la revue Die Form, qui appelle à un retour au document dans la photographie d’architecture. Cet appel participe à l’émergence du style documentaire, style dont les principes seront énoncés par les Becher trente ans plus tard, à Dusseldörf, et appliqué par eux au genre de la photographie d’architecture.

Fuentes de Onoro Crédit photo : N. FUSSLER

Poste frontière

Espagne/Portugal

2003

Col du Perthus crédit photo : N. FUSSLER

Bureau de douane

France, col du Perthus

2009

La route et l’autoroute du col du Perthus relient l’Espagne à la France. Cette grande chaussée dallée portait l’appellation de via Herculae puis via Domitia. Elle fut construite à partir de 118 avant J.-C. afin de relier l’Italie à la péninsule ibérique en passant par la Gaule Narbonnaise. Elle se prolongeait en Espagne, sous la dénomination de via Aurelia. C’est cette route qu’emprunta le général carthaginois Hannibal en 218 av. J.-C. pour envahir la province Narbonnaise, en se rendant à Rome. Sans pont ni tunnel, la très vieille chaussée du Perthus fut pendant longtemps la seule route carrossable digne de ce nom qui franchissait les Pyrénées. Le col du Perthus est encore aujourd’hui un axe majeur à la frontière franco-espagnole, et ce poste est toujours en activité.

Pas de la Casa crédit photo : N. FUSSLER

Bureau de douane

France, Pas de la Casa

2009

L’Andorre est un micro-état où vivent 75.000 habitants. Il n’y a que deux routes d’accès : une par le Pas de la Case, depuis la France, l’autre par l’Espagne depuis la ville de Seu d’Urgell, à 2 000 m. d’altitude. Le Pas de la Case ou « passage de la maison », en catalan, désigne la cabane de berger qui était alors la seule habitation de l'endroit au début du 20e siècle. Les postes de douane française et andorrane ont été transférés en territoire français, à trois kilomètres de la sortie du tunnel d'Envalira, lors de la construction de ce dernier en 1999.

Nispen crédit photo : N. FUSSLER

Bureau de douane

Pays-Bas, Hazeldonk

2008

Ce poste de douane se trouve à Hazeldonk, petit village entre les Pays-Bas et la Belgique, qui est devenu un important centre de fret à l’entrée en Hollande sur l’autoroute qui relie Anvers à Rotterdam. Ces deux ports ont toujours été de grandes plate-formes commerciales. La liaison entre Anvers et Rotterdam demeure cruciale, Rotterdam étant aujourd'hui le premier port européen, suivi d’Anvers. Le long de cette frontière, la douane belge et néerlandaise luttent essentiellement contre le trafic de drogue. Bâti dans les années 70, ce bâtiment est un bureau de dédouanement [...].

Sas Van Gent crédit photo : N. FUSSLER

Bureau de douane

Pays-Bas, Sas van Gent

2008

Sas van Gent est un bureau mixte permettant de contrôler aussi bien le trafic fluvial que routier, situé à proximité de l’écluse de Gand. C’est un haut lieu de l’affrontement politico-économique entre la Belgique et les Pays-Bas qui ont tenté de contrer l’expansion des ports de Gand et Anvers en contrôlant les bouches de l’Escaut. Région de polders, plate à perte de vue, on y trouve de nombreux canaux, accueillant notamment les bateaux de plaisance.