Lignes Helvètes - Anna-Katharina Scheidegger au MND

Le Musée national des douanes développe à travers sa politique d’expositions temporaires une réflexion sur les thèmes en lien avec son administration : la frontière, le voyage, le commerce sont autant de sujets aux entrées multiples qui contribuent à une meilleure connaissance et compréhension de notre monde et de son histoire. Dans le cadre de cette démarche, le musée arpente les sentiers empruntés par les artistes contemporains, pour qui ces notions sont toujours cruciales, dans un monde globalisé en quête d’identité. Ce travail s’exprime fréquemment par une recherche de l’empreinte de l’homme sur l’espace, ou comment à travers une démarcation politique, il s’insère et s’impose sur un territoire. Cette marque est révélatrice de craintes, produits d’une longue histoire, mais aussi de la conjoncture et des tensions qui se révèlent.

A cet égard, la Suisse est un territoire tout à fait passionnant : cette enclave située au cœur de l’Europe, fruit d’une alliance ancienne entre cantons, représente à elle seule la diversité et la complexité que l’Europe connaît et expérimente à une échelle plus large : comment vivre ensemble avec plusieurs langues et autant de cultures ?

Après Postes de douanes présentée en 2009-2010, où Nicolas FUSSLER s’attachait à un inventaire des bâtiments frontaliers de la douane, le MND propose pour son exposition d'automne-hiver 2011-2012 de découvrir les clichés de la photographe suisse Anna-Katharina SCHEIDEGGER. Cette dernière a pris le parti de se détacher de toute limite urbaine pour se tourner vers des zones désertées, éloignées semble-t-il de toute activité humaine. Ses clichés portent l’empreinte forte d’une frontière plus brute, plus austère. Son regard photographique est semblable dans les deux séries de travaux présentés : l’absence de repères et d’échelle nous plonge dès le premier regard au cœur de l’image, sans distraction de l'œil.

A travers une composition extrêmement rigoureuse, renforcée par la technique de prise de vue à la chambre, Anna-Katharina SCHEIDEGGER nous plonge au coeur des Alpes suisses. Nous sommes happés dans un cadre sans issue, sans échappatoire, sans frontière justement ! Nous voilà immergés dans la matière brute, montagne herbeuse ou minérale, dans un maelström tellurique, pourtant ordonné si l’on s’y penche un peu. Car la main de l’homme est présente, plus ou moins directement, avec discrétion mais néanmoins affirmation : barrière, route ou bunker sont bien là, sans aucun doute, et tranchent avec la nature primale environnante.