Douanes en terres d'Asie et d'Afrique : Clichés et impressions sous la Troisième République

Durant près de trois siècles, la France a été fortement présente en Asie et en Afrique avant de développer aujourd’hui des relations plus équilibrées avec ses partenaires. Dès le 16e siècle, elle conquiert de nombreuses régions du monde, créant le « Premier empire colonial » qui décline progressivement jusqu’au 18e siècle. Au siècle suivant, débute une seconde phase de colonisation en Afrique, en Asie et dans le Pacifique. Plus connu sous le nom de « Second empire colonial », il atteint son apogée durant la Troisième République (1870-1940).

Dans le cadre de cette reconquête coloniale, Jules Ferry joue un rôle important. Lors d’un discours prononcé à la chambre des députés en 1885, alors qu’il est Ministre des affaires étrangères, il prône, dans le droit fil des idées de l’époque, une expansion coloniale « humaniste » qui témoigne de l’importante colonisation engagée entre 1880 et 1885. Ceci marquera profondément l’Histoire de France et celle des pays colonisés, jusqu’au vaste mouvement de décolonisation de l’après-guerre.

Afin d’assurer la gestion des relations extérieures et des administrations de ses nouvelles possessions d’Outre-Mer, le gouvernement français instaure différents régimes administratifs. Le Maroc, la Tunisie et l’Annam sont placés sous protectorat, ce qui confère à la France la gestion de leur commerce extérieur et de leur diplomatie sans remettre en cause la nationalité et les institutions existantes. D’autres pays, à l’exemple du Liban, sont placés sous mandat. Ce système mis en place à l’issue de la Première Guerre mondiale et régi par la Charte de la Société des Nations, place les Etats sous tutelle jusqu’à ce qu’ils soient « capables de se diriger eux-mêmes ». Enfin, certains comme l’Algérie sont annexés : l’ensemble des services civils et militaires du pays sont placés sous l’autorité directe des ministères français et les autorités locales n’ont plus qu’un statut honorifique. On parle d’ « assimilation » à la France.

Dans ce contexte, l’administration des douanes a pour mission d’assurer la gestion et le contrôle des marchés, et des échanges commerciaux des territoires d’Outre-Mer. Au cours de la IIIe République, les régimes douaniers coloniaux subissent de nombreuses mutations. Quelques années avant l’avènement de cette République, un premier texte est voté en faveur de la Réunion et des Antilles, leur permettant de voter eux-même leurs droits d’octroi de mer et leurs droits de douanes. Ce régime très favorable aux colonies est peu à peu appliqué à l’ensemble des possessions françaises, mais il est définitivement abandonné en 1884 suite aux nombreuses réclamations qui proviennent de tout l’Empire. Une seconde loi votée en 1892, soumet l’ensemble des colonies à un système plus protectionniste en faveur des produits métropolitains. En 1912, une dernière loi d’assouplissement dote chaque territoire ultra-marin d’une personnalité douanière spécifique.

Poussés par la recherche de l’aventure et la découverte de nouveaux territoires, les agents métropolitains y trouvent également des avantages matériels. En plus de leurs missions habituelles, l’administration leur en confie de nouvelles liées aux particularités locales. La gestion des régies d’opium en Indochine et des régies de tabac et de Kifs au Maroc, en sont de bons exemples. Malgré tout, l’isolement, la confrontation à de nouvelles cultures et à de nouveaux modes de vie, mènent certains d’entre eux à la corruption, accentuant les différences avec les populations locales. Celles-ci entrent parfois en conflit avec les services administratifs coloniaux, ce qui conduit les douaniers à contribuer au maintien de l’ordre public dans certaines régions. Bien que la plupart des territoires colonisés soient pacifiés, les relations qu’entretiennent les populations locales et les métropolitains sont souvent délicates. Suivant un parcours géographique, cette exposition vous invite de l’Afrique du Nord aux Indes en passant par les Etats du Levant, pour y découvrir les douaniers d’hier et d’Outre-Mer, aujourd’hui légitimement remplacés par des fonctionnaires locaux des pays devenus indépendants et dont les parcours historiques participent de notre patrimoine mémoriel. Une exposition à la croisée des territoires.

A l'occasion de cette exposition, un carnet et un poster ont été édités, ils sont vendus à la boutique du musée au prix de 10 et 3 euros.