Sortie de réserve !

C’est avec l’envie de valoriser les œuvres picturales de ses collections que le Musée national des douanes a choisi cette année d’axer son exposition temporaire sur l’histoire de l’art. Musée d’histoire avant toute chose, il sort ainsi « de sa réserve » et se glisse dans la peau d’un musée des beaux-arts. Le parcours installé réunit des tableaux déjà présents dans les collections permanentes, complétés d’œuvres issues des réserves, dont certaines ont fait l’objet à cette occasion d’une restauration. Trente et une toiles forment l’ensemble, dont un tiers n’a encore jamais été présenté au public. Au-delà des qualités documentaires évidentes des œuvres qui évoquent la douane sous ses aspects fonctionnels, l’exposition a pour ambition de révéler leur esthétisme intrinsèque : certes l’administration des douanes assume des missions concrètes, matérielles, ancrées dans le contrôle des marchandises et dans la lutte contre la fraude, mais elle est aussi source d’inspiration plastique et poétique pour les artistes.

Les tableaux présentés sont réunis autour de deux thématiques principales, classiques en histoire de l’art : le paysage et le portrait. Genre à part entière depuis le 17e siècle, le paysage s’inscrit dans les courants romantique et naturaliste du siècle suivant, privilégiant l’observation directe de la nature. En parallèle, l’engouement pour le portrait s’installe au 16e siècle en Europe. Art de cour, adopté par les bourgeois au 19e siècle, il s’immisce progressivement dans toutes les couches sociales.

Les œuvres présentées datent pour la plupart de l’époque moderne. Autour du chef-d’œuvre de Claude Monet s’articulent des paysages littoraux influencés par le mouvement du maître et l’école de Rouen, tant du point de vue de la technique (H. Moret, L. Bordes, E. Dorrée) que du sujet exprimé dans d’autres styles (J.-F. Auburtin, M. Doillon-Toulouse). Les mouvements cubistes et naïfs sont également suggérés (J. Le Ray, J. Frélaut). Pour les paysages portuaires, on assiste au développement du courant naturaliste avec des représentations réalistes de scènes de vie quotidiennes, animées de personnages issus de couches populaires : pêcheurs, marchands, ouvriers... douaniers. L’ambiance est teintée des clameurs et des parfums qui semblent s’en dégager. Enfin, certains artistes ont représenté les agents de la douane lors de commandes pour les portraits officiels, mais aussi plus spontanément à l’image de Régis Deygas, curieux de ses contemporains.

La collection présentée, rassemblée patiemment en près de trente ans d’existence du musée, dessine finalement un portrait en creux de la douane, à l’image des œuvres introductives qui illustrent la complexité à la représenter. Rarement figurée per se, elle sert plutôt de cadre, au mieux de prétexte. Élément de pittoresque pour situer une scène, une ambiance, elle apparaît à la fois comme accessoire de décor et de réalité, attestant de la véracité du sujet dépeint.

Ainsi, qu’il s’agisse des paysages littoraux ou portuaires, la douane n’est jamais réellement l’objet principal du tableau, n’en déplaisent aux titres des œuvres qui tentent parfois de rétablir cette injustice. On remarque néanmoins que le douanier, figure officielle de l’Etat en uniforme, paraît moins intimidant que ses cousins gendarmes ou policiers : il est évoqué dans des lieux de commerce, de voyage, d’échange. C’est finalement à travers leurs portraits que certains de ces agents, parfois cadres de la bourgeoisie, essaient de trouver leur place dans la société, voire une reconnaissance. A travers ses particularismes, cette galerie de tableaux est finalement assez fidèle à l’administration qu’elle dépeint : la douane est insérée au cœur des flux économiques, discrète mais toujours présente, au service de l’Etat, des voyageurs et des marchands.